Genève · 20.09.2026Prochaine votation fédérale : 27 septembre

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Vote électronique : l'enjeu n'est ni financier ni technique, il est politique

Vote électronique : l'enjeu n'est ni financier ni technique, il est politique

On nous répète que le vote électronique est une question de coûts et de failles à corriger. C'est une manière commode d'éviter la vraie question : qui doit pouvoir vérifier une élection ? Tout le monde, ou seulement ceux qui savent lire du code ?

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Chaque fois que le vote électronique revient dans l'actualité — un canton qui reprend les essais, un incident, un rapport de sécurité —, le débat prend le même pli. Les partisans parlent d'économies et de modernité ; les adversaires, de failles et de piratage russe. Les deux camps se trompent de terrain, et ce n'est pas un hasard : le terrain technique est le plus confortable, parce qu'il permet de ne jamais poser la question qui fâche.

Le piège du débat technique

Dire « le système a une faille » invite la réponse « on va la corriger ». Dire « c'est trop cher » invite « on va l'optimiser ». Ces débats sont sans fin par construction : il y aura toujours une faille de plus à corriger, un coût de plus à discuter. Et pendant qu'on discute chiffrement et budgets, on a admis sans le dire que la seule chose qui compte, c'est que le système fonctionne.

Or un vote n'a pas seulement besoin de fonctionner. Il a besoin d'être cru.

Ce que le bulletin papier a de génial

Le vote papier est une merveille d'ingénierie démocratique, précisément parce qu'il est bête. Une enveloppe, une urne, des scrutateurs, un dépouillement que n'importe quel citoyen peut venir observer. Sa sécurité ne dépend d'aucun spécialiste : elle est distribuée entre des milliers de gens ordinaires qui, ensemble, se surveillent. Pour truquer une élection papier à l'échelle d'un pays, il faudrait corrompre une armée de bénévoles dans des centaines de communes. C'est ce qui la rend robuste : non pas l'impossibilité technique, mais le nombre de témoins.

Le vote électronique concentre au contraire la confiance en quelques points : le code, les serveurs, les clés cryptographiques, et la poignée d'experts capables de les auditer. La sécurité y est peut-être plus haute. Mais elle est confisquée — remise à ceux qui savent, retirée à ceux qui ne savent pas.

Vérifier, c'est un droit politique

La vérifiabilité universelle promise par les nouveaux systèmes est une vraie prouesse : on peut prouver mathématiquement que le décompte est juste. Mais posons la question honnêtement : combien de citoyens sont capables de lire cette preuve ? Quelques centaines dans tout le pays, peut-être. Pour tous les autres, « c'est prouvé » signifie « quelqu'un de compétent me dit que c'est prouvé ». C'est-à-dire, exactement, un acte de foi.

Une démocratie peut vivre avec des actes de foi dans bien des domaines. Pas dans celui-là. Le vote est le moment où le pouvoir change de mains ; c'est le seul acte que la Constitution confie à chaque citoyen à égalité parfaite. Y introduire une inégalité de compétence — ceux qui peuvent vérifier, ceux qui doivent croire — n'est pas un détail d'ingénierie. C'est un changement de nature.

Alors, faut-il l'interdire ?

Non. Il faut le cantonner à ce pour quoi il est irremplaçable : les Suisses de l'étranger, dont le vote postal arrive souvent après la clôture, et les électeurs empêchés par un handicap. Pour eux, le vote électronique élargit un droit ; le refuser serait injuste.

Mais pour le reste de la population, la question n'est pas « peut-on le sécuriser ? ». C'est « veut-on d'une démocratie où l'acte de vote devient un objet de confiance experte ? ». Notre réponse est non. Et cette réponse ne changera pas parce qu'on aura corrigé une faille ou baissé une facture — parce que ce n'a jamais été le sujet.

Sources

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