Genève · 20.09.2026Prochaine votation fédérale : 27 septembre

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Vote électronique : la confiance ne se décrète pas

Vote électronique : la confiance ne se décrète pas

Quinze ans d'essais, un système genevois abandonné, un autre confié à La Poste, et un incident bâlois en mars 2026 : le vote électronique avance à nouveau en Suisse. Son problème n'a jamais été technique. Il est politique — c'est une affaire de confiance, et la confiance ne se décrète pas.

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Il y a des dossiers que la Suisse rouvre tous les dix ans avec la même question et jamais tout à fait la même réponse. Le vote électronique en fait partie. Après un arrêt quasi total en 2019, les essais ont repris, un canton a connu un incident sérieux en mars 2026, et de nouveaux cantons rejoignent le dispositif. Le moment est bon pour poser la seule question qui vaille : pourquoi, sur un sujet aussi technique, tout se joue-t-il en réalité sur la confiance ?

Quinze ans d'allers-retours

Le vote par internet n'est pas une nouveauté en Suisse. Genève, Neuchâtel et Zurich ont été des pionniers dès le milieu des années 2000. Genève avait même développé son propre système, exploité par l'État — le fameux CHVote — que d'autres cantons utilisaient.

Tout s'arrête en 2018-2019. Genève renonce à son système, jugé trop coûteux à maintenir aux nouvelles normes de sécurité. Au même moment, le système développé par La Poste subit un test d'intrusion public qui révèle de graves failles dans son code. La Chancellerie fédérale suspend les essais. Pendant près de trois ans, plus personne ne vote par internet en Suisse.

La reprise date de 2023, sur des bases refondues : un système entièrement redéveloppé par La Poste, une exigence de vérifiabilité complète, un plafonnement du nombre d'électeurs autorisés, et un code source ouvert à l'examen. Depuis, le dispositif s'élargit prudemment, votation après votation.

Qui vote électronique aujourd'hui

En 2026, un seul système est en service, celui de La Poste, utilisé par une poignée de cantons — parmi lesquels Bâle-Ville, Saint-Gall, les Grisons, la Thurgovie, et désormais Lucerne, autorisé par le Conseil fédéral à reprendre les essais. Neuchâtel a de son côté reçu une autorisation générale pour réintroduire le vote électronique jusqu'à la fin 2028.

Deux limites encadrent tout cela. Le vote électronique reste un canal parmi trois, à côté de l'urne et du courrier : personne n'est obligé de l'utiliser. Et il est plafonné à une fraction de l'électorat de chaque canton. On est en phase d'essai, pas de généralisation.

Les trois exigences de la reprise

  • Vérifiabilité individuelle. L'électeur peut contrôler, via des codes, que sa voix a été enregistrée comme il l'a voulu.
  • Vérifiabilité universelle. On peut prouver mathématiquement que le total correspond aux voix réellement déposées, sans avoir à faire confiance au serveur.
  • Transparence du code. Le système est publié et soumis à des programmes de recherche de failles rémunérés.

L'incident de Bâle, mars 2026

Le 8 mars 2026, Bâle-Ville n'a pas pu établir son résultat électronique : environ 2 000 suffrages déposés par internet n'ont pas pu être déchiffrés ni comptés. La cause n'était pas une attaque, ni une faille du système lui-même, mais une erreur de manipulation du canton — des clés cryptographiques stockées sur des supports protégés par un code, devenues inutilisables.

Il faut être précis, parce que c'est exactement là que se joue la confiance. Aucune voix n'a été modifiée, aucune n'a fuité : elles sont devenues illisibles. Le mal est réel — des citoyens ont voté et leur voix n'a pas compté — mais il est d'une autre nature qu'une fraude. C'est une panne, pas un truquage.

Reste que, pour l'électeur, la nuance est mince. On lui avait dit que le nouveau système était vérifiable et robuste ; il retient qu'à Bâle, en 2026, des bulletins électroniques ont disparu. Chaque incident de ce genre coûte des années de crédit patiemment reconstruit.

Pourquoi l'enjeu n'est pas technique

On peut sécuriser un système. On ne peut pas décréter qu'il est digne de confiance : c'est au citoyen d'en juger, et son critère n'est pas le même que celui de l'ingénieur.

Le vote papier a une propriété que la cryptographie la plus élégante n'aura jamais : tout le monde comprend comment il marche. Un bulletin, une enveloppe, une urne scellée, un dépouillement public où n'importe qui peut venir regarder. La confiance ne repose sur aucune expertise. Chacun peut, en principe, vérifier de ses yeux.

Le vote électronique inverse ce rapport. Sa sécurité est sans doute supérieure sur le papier — chiffrement, preuves mathématiques, vérifiabilité. Mais pour en juger, il faut savoir lire une preuve cryptographique. Pour l'immense majorité des électeurs, « faites-nous confiance, c'est vérifiable » remplace « venez vérifier vous-mêmes ». Or la légitimité d'un vote ne tient pas seulement à ce qu'il soit exact. Elle tient à ce que le perdant l'accepte. Et on n'accepte pas de perdre à un jeu dont on ne comprend pas les règles.

Notre position

Nous ne sommes pas hostiles au vote électronique par principe. Il rend un vrai service aux Suisses de l'étranger, dont le vote par correspondance arrive souvent trop tard, et aux personnes en situation de handicap pour qui l'urne et le papier sont des obstacles. Pour ces publics, il faut le développer.

Mais la généralisation à toute la population serait une faute, et pour une raison politique, pas technique. La démocratie directe suisse est un des rares systèmes où le citoyen ordinaire tient encore, physiquement, un morceau du pouvoir : son bulletin, dans sa main, dans une urne qu'il peut voir. Remplacer ce geste par un clic dont la sûreté repose sur une confiance experte, c'est troquer une légitimité que tout le monde comprend contre une sécurité que presque personne ne peut vérifier.

La prudence de la Chancellerie fédérale — essais plafonnés, un canal parmi d'autres, transparence du code — est donc la bonne voie. À une condition : qu'elle reste une prudence, et ne devienne pas l'antichambre d'une généralisation que personne n'a jamais soumise au peuple. Sur ce sujet, la lenteur n'est pas un défaut. C'est la garantie.

Sources

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