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Comment La Poste s'enrichit grâce à vos données personnelles

Comment La Poste s'enrichit grâce à vos données personnelles

On lui confie son courrier, ses paiements, parfois son identité numérique. Mais La Poste est aussi, discrètement, un marchand de données d'adresses et de profils de consommation. Qu'une entreprise en mains publiques monnaie ainsi la connaissance de ses clients pose une question qu'on n'a jamais vraiment tranchée.

Tarif lecture 6 min · La rédaction ·

Il y a des entreprises dont on n'imagine pas qu'elles vendent nos données, parce qu'on leur fait une confiance héritée de l'enfance. La Poste en fait partie. Elle achemine le courrier, tient nos comptes à PostFinance, gère des colis, et s'apprête à jouer un rôle dans l'identité numérique. Précisément parce qu'elle est partout dans notre vie quotidienne, elle sait sur nous beaucoup de choses. Et une partie de ce savoir, elle le valorise.

Un marchand de données qui ne dit pas son nom

La Poste dispose, par nature, d'un actif que peu d'entreprises possèdent : la connaissance fine des adresses, des déménagements, des ménages. À partir de ce socle, elle propose depuis longtemps des services de marketing direct : listes d'adresses qualifiées, ciblage géographique, profils de consommation par quartier ou par type de ménage. Une entreprise qui veut envoyer sa publicité aux bonnes boîtes aux lettres s'adresse, logiquement, à celui qui connaît toutes les boîtes aux lettres du pays.

Ce n'est pas illégal, et ce n'est pas caché — mais ce n'est pas non plus mis en avant. Le citoyen qui remplit un ordre de réexpédition en déménageant ne se doute pas toujours que la donnée « ce ménage a déménagé » a une valeur commerciale, ni qu'elle alimente une activité rentable.

Le problème n'est pas la loi, c'est le principe

Disons-le clairement : La Poste respecte le cadre légal, et une part de ces données sont agrégées, anonymisées ou soumises à des règles d'opposition. Le problème n'est donc pas la légalité. Il est de principe.

La Poste n'est pas une entreprise comme une autre. C'est une société en mains de la Confédération, investie d'un service public, qui bénéficie d'une position et d'une confiance héritées de son statut. Qu'elle utilise cette position pour faire commerce de la connaissance de ses clients pose une question que le droit ne tranche pas : une entreprise publique doit-elle monnayer ce que les citoyens lui confient parce qu'ils n'ont, souvent, pas le choix de s'adresser ailleurs ?

La question de fond

Quand une entreprise privée exploite nos données, on peut, en théorie, la fuir. Quand c'est une institution publique quasi incontournable qui le fait, le « choix » de refuser est largement fictif. Le service public tire sa légitimité de la confiance ; en faire une matière première commerciale, c'est entamer le capital qui le fonde.

Ce qu'on est en droit d'exiger

De l'entreprise publique, on peut demander davantage que le simple respect de la loi. Trois exigences paraissent minimales.

  • La transparence. Que chaque client sache, clairement et sans avoir à fouiller, quelles données sont exploitées et à quelles fins.
  • Le consentement réel. Que l'exploitation à des fins commerciales soit un choix positif de l'usager, pas un réglage par défaut qu'il faut penser à désactiver.
  • La limite de principe. Que certaines données, par leur sensibilité ou parce qu'elles sont confiées sans alternative, soient tout simplement exclues de toute commercialisation.

Le paradoxe qui vient

Le sujet devient d'autant plus sensible que La Poste étend son rôle numérique — services financiers, et demain une brique de l'identité électronique. Plus on lui confie de fonctions sensibles, plus la question de ce qu'elle fait des données afférentes devient centrale. On ne peut pas, d'un côté, présenter La Poste comme le tiers de confiance idéal pour l'identité numérique, et de l'autre, la laisser cultiver une activité de marchand de données.

Il ne s'agit pas de diaboliser une institution qui rend d'immenses services. Il s'agit de lui appliquer la cohérence qu'elle réclame elle-même : une entreprise publique qui demande la confiance des citoyens doit être exemplaire dans l'usage de ce qu'ils lui confient. Le reste n'est pas du service public. C'est du commerce sous pavillon public — et cela mérite, au minimum, un vrai débat.

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