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L'enseignement public des langages numériques est indispensable

L'enseignement public des langages numériques est indispensable

Apprendre à coder n'est pas une lubie pour futurs informaticiens. C'est, pour la génération qui vient, ce que lire et compter furent pour les précédentes : la condition pour comprendre le monde plutôt que le subir. Et cela ne peut pas être laissé au privé.

Tarif lecture 5 min · La rédaction ·

Il fut un temps où savoir lire, écrire et compter suffisait à participer pleinement à la vie de la cité. Ce socle reste indispensable, mais il n'est plus complet. Une part croissante de nos vies — l'information, l'argent, le travail, les relations, le vote demain peut-être — passe par des systèmes que presque personne ne comprend. Nous vivons entourés de machines dont nous ignorons la logique. C'est un problème démocratique, et l'école publique est le seul endroit où le résoudre à l'échelle de toute une génération.

Comprendre, pas seulement utiliser

Attention au malentendu : enseigner les langages numériques ne veut pas dire former tous les élèves à devenir programmeurs, pas plus que le cours de français ne vise à faire de chacun un romancier. Il s'agit d'autre chose, de plus fondamental : comprendre comment ça marche.

Qu'est-ce qu'un algorithme, et pourquoi celui qui choisit ce que je vois sur mon écran n'est pas neutre ? Que devient une donnée que je livre ? Pourquoi une intelligence artificielle se trompe-t-elle, et comment ? Un citoyen qui ignore tout de ces mécanismes n'est pas seulement démuni : il est manipulable, parce qu'il prend pour naturel ou magique ce qui est en réalité conçu, et conçu par quelqu'un, dans un intérêt précis.

La « pensée informatique » — décomposer un problème, repérer une logique, anticiper un effet — est devenue une compétence civique. Elle ne sert pas qu'à coder ; elle sert à ne pas être dupe.

Pourquoi cela doit être public

Voilà le point décisif. Si l'école publique ne s'en charge pas, cet apprentissage ne disparaîtra pas : il se privatisera. Il ira aux enfants dont les parents peuvent payer des cours, offrir le bon matériel, transmettre à la maison une culture technique. Les autres resteront de simples usagers, consommateurs passifs d'outils qu'ils subissent.

C'est précisément le mécanisme qui creuse les inégalités : une compétence essentielle réservée à ceux qui ont les moyens. L'école publique a été inventée pour l'empêcher — pour que lire et compter ne dépendent pas de la fortune des parents. La même exigence vaut aujourd'hui pour la littératie numérique. En faire une option, un luxe ou une affaire de familles, c'est fabriquer la fracture de demain.

Trois niveaux, pour tous

  • Comprendre : ce qu'est un algorithme, une donnée, un réseau, une IA.
  • Se protéger : vie privée, mots de passe, esprit critique face aux contenus.
  • Créer un peu : goûter au code pour cesser de voir la machine comme une boîte noire.

Une question de souveraineté

Il y a enfin un enjeu collectif. Un pays dont les citoyens ne comprennent pas les technologies qui les gouvernent dépend entièrement de ceux qui les produisent — le plus souvent, quelques grandes entreprises étrangères. Former une population qui comprend le numérique, c'est se donner les moyens d'en débattre, de le réguler, d'en refuser certains usages. C'est une condition de souveraineté, au même titre que la maîtrise de son énergie ou de sa monnaie.

Enseigner les langages numériques à l'école publique n'est donc pas une modernisation cosmétique. C'est la version contemporaine de la promesse fondatrice de l'instruction publique : donner à chacun, quelle que soit son origine, les clés pour comprendre le monde et y agir en homme ou en femme libre.

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