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Le téléphone portable n'est pas l'ennemi de l'école

Le téléphone portable n'est pas l'ennemi de l'école

Interdire le smartphone en classe est une mesure de bon sens. En faire le bouc émissaire de toutes les difficultés de l'école est une paresse. L'appareil n'est ni un diable ni un miracle : ce qui compte, c'est ce qu'on apprend aux élèves à en faire.

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À intervalles réguliers, le débat resurgit : faut-il interdire le téléphone portable à l'école ? La question paraît simple, les réponses tranchées. D'un côté, ceux qui voient dans le smartphone la cause de tous les maux — chute de l'attention, harcèlement, décrochage. De l'autre, ceux qui, au nom de la modernité, refusent d'en priver les élèves. Les deux camps ont tort de poser le problème ainsi.

Oui à l'interdiction pendant les cours

Commençons par le point d'accord, car il existe. Pendant un cours, le téléphone n'a rien à faire dans les mains d'un élève. Les données sur la concentration sont claires : la simple présence de l'appareil, même éteint, dégrade l'attention. Une notification suffit à rompre le fil d'un raisonnement, et l'école est précisément le lieu où l'on apprend à tenir ce fil.

Ranger les téléphones pendant les leçons n'est donc pas du passéisme, c'est de l'hygiène cognitive. Beaucoup d'établissements l'ont compris et l'appliquent, avec des résultats concrets sur le climat de classe et, souvent, sur les récréations, où les élèves se reparlent. Sur ce point, la fermeté est justifiée.

Mais l'interdiction ne suffit pas

Là où le raisonnement dérape, c'est quand on fait de l'interdiction une fin en soi, comme si retirer l'appareil réglait le problème. Car l'élève à qui on confisque son téléphone huit heures par jour le retrouve intact le soir, sans avoir rien appris de son usage. On a traité le symptôme dans l'enceinte, pas la cause au-dehors.

Or le smartphone est l'objet à travers lequel cette génération lit l'actualité, se forge des opinions, entretient ses amitiés et, de plus en plus, rencontre la désinformation et les contenus problématiques. Une école qui se contente de l'interdire pendant les cours mais n'enseigne jamais à s'en servir démissionne de sa mission la plus urgente : former des citoyens capables de naviguer dans un monde saturé d'écrans.

Les deux temps de l'école

  • Pendant le cours : l'appareil est rangé. La concentration est un apprentissage à part entière.
  • Comme objet d'étude : l'appareil est analysé. Repérer une fausse information, comprendre un algorithme de recommandation, protéger sa vie privée, mesurer le temps d'écran — cela s'enseigne.

Éduquer plutôt que diaboliser

Diaboliser l'outil est confortable : cela désigne un coupable extérieur et dispense l'institution de se remettre en question. Mais l'histoire est pleine d'objets qu'on a d'abord accusés de corrompre la jeunesse — le roman, la télévision, le jeu vidéo — avant de comprendre qu'ils étaient neutres, et que tout dépendait de l'usage et de l'accompagnement.

Le smartphone n'échappe pas à la règle. Il peut être un gouffre à attention ou un formidable outil d'accès au savoir ; un vecteur de harcèlement ou de solidarité. Ce qui fait la différence, ce n'est pas l'appareil, c'est l'éducation qui l'entoure. L'école a un rôle irremplaçable à y jouer — à condition de sortir du réflexe de l'interdiction pure.

Ranger les téléphones pendant les cours : oui, sans hésiter. En faire l'ennemi de l'école : non. Le vrai ennemi, c'est l'illusion qu'une interdiction remplace une éducation.

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