Servir ou se servir?

Le président de l'Appel de Genève et avocat Bertrand Reich s'interroge sur la manière dont les élus servent le bien commun.

On considère usuellement que l’homme politique vertueux est celui qui sert, par opposition à celui qui se sert.  La même ligne de démarcation pourrait être retenue pour les administrateurs professionnels, qui ont en commun avec les politiques de devoir être élus par une assemblée, pour exercer leur fonction.  Cela étant, une fois que l’on a dit que se servir est moralement répréhensible, que l’on a affirmé que l’éthique était une vertu et non une perte de temps et que l’on a rappelé que le droit pénal avait vocation à s’appliquer à ceux qui confondent le patrimoine de la collectivité avec le leur, on a de loin pas encore tout dit.

Servir donc, plutôt que se servir, mais servir qui ou quoi ?

L’élu qui poursuit un objectif spécifique qui ne sert pas à la construction de la cité, mais à la défense des intérêts d’une partie et d’une faible partie de ses habitants, sert-il vraiment ? L’administrateur qui a été élu dans une Fondation immobilière à raison de ses qualités professionnelles, mais qui défend ce qu’il croit être la pratique de sa corporation professionnelle, plutôt que les intérêts de la Fondation, respectivement de ses locataires, sert-il vraiment ? Et en même temps, si l’on prétend qu’un(e) élu(e) doit contribuer à la construction de la cité, doit-il, pour être considéré comme ayant honnêtement servi, proposer une vue d’ensemble et mettre en œuvre celle-ci, de sorte que la personne disposant de compétences utiles et affirmées dans tel ou tel secteur (économie, formation, santé, mobilité etc…) mais sans prétention universaliste ne pourrait pas être utile à la collectivité ?

Assurément non, l’élu(e) ou l’administratrice(teur), qui contribue même modestement ou même partiellement, à la construction de la cité, respectivement à la prospérité et au développement de l’entreprise, sert et doit être salué.  Il faut encore rajouter, évidemment, que le fait de défendre un point de vue orienté et partiel n’est pas en soi critiquable, en particulier si ce choix est connu et assumé. Il n’y a rien de déshonorant ou malvenu à être élu en étant très ouvertement et clairement le représentant d’une branche sociale économique, ou d’une partie déterminée de la population (locataire, propriétaire, assuré, handicapé, automobiliste, etc.).

Les élus se présentant en outre sous des étiquettes partisanes, on n’attend pas d’un socialiste qu’il défende la propriété privée, mais l’on peut s’étonner qu’il la pratique pour lui-même tout en la dénonçant ; de même, on n’attend pas forcément d’un PLR qu’il plaide passionnément pour une plus forte redistribution des richesses, mais qu’il n’assume pas à titre personnel ses obligations fiscales pose évidemment un problème.  A l’heure où il est de bon ton de dénigrer celles et ceux qui, par ambition personnelle, par vocation profonde ou pour quelque autre raison, ont choisi de se consacrer à des fonctions électives, ces quelques lignes se veulent une proposition, très volontiers discutable, d’une grille d’analyse raisonnée des mandats exercés, qui permettrait à celles et ceux que cela intéresse, de se poser les bonnes questions, lors d’une prochaine élection.

Bertrand Reich
Président de l’Appel de Genève et avocat.

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