Le rôle trouble des syndicats policiers dans l’affaire Maudet

L'ancien député et constituant du Parti radical Pierre Kunz estime qu'une partie de la police genevoise est responsable de la campagne contre le conseiller d'Etat Pierre Maudet, qui n'est aujourd'hui plus en charge de la police de manière temporaire.

Pierre Maudet a commis une grosse bévue à fin 2015 en se rendant à Abu Dhabi aux frais de son hôte. Une erreur bien plus dommageable ensuite, en ne disant «pas toute la vérité». En d’autres lieux on relèguerait ces erreurs, qui n’ont pas coûté un centime aux contribuables, dans l’ordre des faits divers. Mais au bout du Léman, dans les médias et dans la bouche d’une partie des politiciens genevois, elle a grossi en un torrent d’insinuations, de suspicions, d’affabulations et d’accusations.

Nombreux sont les Genevois qui subodorent que l’origine de la chasse à courre dont est victime le conseiller d’Etat se situe au sein des services de police, plus précisément parmi leurs représentants syndicaux. Ces Genevois savent en effet que ces derniers, surtout depuis l’adoption en 2015 de la nouvelle Loi sur la police, vouent une haine implacable à Pierre Maudet. Le jeune élu a en effet entrepris de moderniser le fonctionnement de la police, de la rendre plus efficace dans sa lutte contre la criminalité. Mais aussi, au vif mécontentement de ses adversaires syndicalistes, de mettre un terme aux privilèges anachroniques dont bénéficient ces fonctionnaires décidément très spéciaux. Il suffit de se pencher sur les communiqués outranciers du Syndicat de police judiciaire (SPJ) pour s’en convaincre: Maudet est l’homme à abattre.

De nombreux policiers sont toutefois mal à l’aise devant les méthodes de leurs syndicats, le SPJ et l’Union du personnel du corps de police (UPCP). Soucieux d’éviter d’en devenir à leur tour la cible, ils le font savoir discrètement. C’est ainsi que certains rappellent quelques épisodes qui illustrent l’hypothèse de ce qu’ils vont jusqu’à qualifier de véritable «coup d’Etat policier», dont ils perçoivent le déclenchement en 2015, année du vote par le peuple de la nouvelle Loi sur la police. Et du début des travaux sur la réforme de la caisse de retraite des policiers.

Le 20 janvier 2016, une assemblée houleuse (honteuse, disent ces policiers écœurés) de 400 policiers chauffés à bloc par le numéro 1 du syndicat SPJ, Monsieur W. appelle publiquement à la démission de Pierre Maudet et de son secrétaire général. Leur crime: proposer une révision mineure des conditions de retraite des policiers. Mais le conseiller d’Etat ne cède pas. Alors les complotistes recherchent activement les failles dans sa cuirasse, pour tenter de le faire tomber deux ans plus tard, avant les élections.

Ainsi, en février 2018 le conseiller d’Etat se voit reprocher par une députée de l’extrême gauche sa participation, en 2015, à une cérémonie en mémoire des vétérans de la P26. En mars il est accusé par un autre député d’extrême gauche d’avoir fait procéder, toujours en 2015, à des écoutes téléphoniques illégales. Un peu plus tard il lui est reproché d’avoir profité, en janvier 2016 au retour de Téhéran où il accompagnait le conseiller fédéral Schneider-Ammann, du jet privé d’un industriel genevois. Ces attaques font plouf.

La seule à prendre, finalement, est celle de ce voyage d’Abu Dhabi. En août 2017 un journaliste «bien informé» s’en vient raconter à la police ce qu’il a appris sur ce voyage. «Heureux hasard» (!), c’est Monsieur W. qui le reçoit et qui transmet le dossier au procureur. Ce même W. qui est en guerre ouverte avec Pierre Maudet depuis 2015 et l’adoption de la loi sur la police et qui réclamait publiquement la tête de l’élu le 20 janvier 2016 devant 400 policiers.

Cette affaire d’Abu Dhabi surgit dans les médias le 11 mai dernier, «à la suite d’éléments parvenus à la Tribune de Genève au lendemain du 1er tour de l’élection du Conseil d’Etat », précise l’article. Trop tard: Pierre Maudet est déjà élu. Les informateurs avaient vraisemblablement misé sur un ballotage général. Qu’à cela ne tienne, le combat se poursuit, d’autant que, le 10 juin, le peuple doit se prononcer sur la réforme de la caisse des retraites que le syndicat de police avait accueillie, en 2016, en appelant à la démission du magistrat.

Ah, encore une précision: quelques jours avant la parution du premier article attaquant Pierre Maudet, celui-ci venait d’ordonner la suspension du numéro deux du syndicat, surpris à diffuser des images à caractère antisémite et aux références clairement nazies.

La faute de Pierre Maudet, après la levée de son immunité, lui vaut une enquête du Ministère public. Celle-ci se déroulera enfin à l’abri de la vox populi et devrait mettre fin à la curée à laquelle nous avons assisté. On peut espérer, surtout au vu de ce qui précède, qu’elle rétablira Pierre Maudet dans l’intégralité de ses fonctions et surtout dans son honneur. Genève a tout à y gagner.

Pierre Kunz
Ancien député et constituant du Parti radical

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Une pensée sur “Le rôle trouble des syndicats policiers dans l’affaire Maudet”

  1. Ficher la paix a Monsieur Maudet… enfin quelqun qui a envie dr fsire changer les choses…. Un peu de jeunesse dans cette republique n en faut il pas que diable …..

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