Genève · 20.09.2026Prochaine votation fédérale : 27 septembre

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L'abandon du système de vote électronique genevois était une erreur

L'abandon du système de vote électronique genevois était une erreur

Genève avait développé, sous contrôle public, l'un des rares systèmes de vote électronique maîtrisés par une collectivité et non par un prestataire privé. L'avoir abandonné en 2018 nous a laissés dépendants d'un acteur unique. C'était un mauvais calcul.

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L'Agora accueille des contributions extérieures. Cette tribune n'engage pas la rédaction, qui a exposé sa propre position sur le vote électronique dans un dossier séparé.

En 2018, Genève a annoncé l'abandon de son système de vote électronique, développé et exploité par l'État. La décision, présentée comme une simple mesure d'économie, a été accueillie avec soulagement par les adversaires du vote par internet. Je voudrais défendre l'idée inverse : cet abandon fut une faute, et nous en payons encore le prix.

Ce que Genève avait construit

Le système genevois avait une qualité rare : il était public. Conçu, hébergé et maîtrisé par une collectivité, son code finit d'ailleurs par être publié. Plusieurs cantons l'utilisaient. Dans un domaine aussi sensible que le vote, cela signifiait que l'infrastructure de la démocratie restait entre les mains de la démocratie — pas d'un fournisseur commercial dont les intérêts, les priorités et le calendrier échappent au contrôle citoyen.

C'était, à l'échelle suisse, une forme de souveraineté numérique appliquée à ce qu'il y a de plus précieux : l'acte de vote.

Le mauvais calcul

On a renoncé à cet actif pour des raisons budgétaires : maintenir le système aux normes de sécurité les plus récentes coûtait cher. L'argument n'est pas nul. Mais il oublie ce que coûte l'alternative.

En abandonnant son système, Genève — et avec elle la Suisse — s'est retrouvée dépendante d'un fournisseur unique, celui de La Poste, désormais seul en lice. Or une démocratie qui ne dispose que d'un seul outil pour une fonction critique n'a plus de choix : elle a un guichet. Si ce système connaît une faille, un blocage ou une hausse de prix, il n'existe aucun recours, aucune solution de repli, aucune concurrence pour tirer la qualité vers le haut. C'est exactement la situation que l'on redoute pour n'importe quelle infrastructure vitale — et on l'a créée de nos propres mains, pour économiser.

La sécurité n'était pas le vrai motif

On a parfois habillé l'abandon d'arguments de sécurité. C'est une confusion. Le débat sur la sûreté du vote électronique — réel et légitime — vaut pour tous les systèmes, public comme privé. Rien n'indiquait que la solution genevoise était moins sûre que celle qui lui a survécu ; elle était même, sur le plan de la transparence, plutôt en avance. Renoncer au système public tout en poursuivant avec le système privé n'a donc rien réglé du point de vue de la sécurité. Cela a seulement déplacé la confiance de la collectivité vers une entreprise.

Ce qu'il faudrait faire

Le vote électronique restera longtemps un sujet de débat, et c'est sain. Mais quelle que soit la place qu'on lui accorde, un principe devrait s'imposer : dans ce domaine, l'outil doit être public, ouvert et pluriel. Public, parce que le vote est le cœur du régalien. Ouvert, parce que la confiance exige que le code soit vérifiable. Pluriel, parce qu'une démocratie ne doit jamais dépendre d'un seul fournisseur pour compter les voix de ses citoyens.

Genève avait un pied dans cette voie. L'abandon nous en a éloignés. Il n'est pas trop tard pour reconstruire une capacité publique — à l'échelle intercantonale, cette fois, pour en partager le coût. Ce serait plus sage que de confier durablement les clés de nos urnes à un prestataire unique.

Sources

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