Retraites: le PLR défend l’intérêt des jeunes, vraiment?

La seule question qui vaille en matière de prévoyance vieillesse: le système est-il durable? Le reste ne revient qu'à tergiverser sur des points de détail.
Grégoire Barbey

Les Suissesses et les Suisses seront appelés à se prononcer le 24 septembre sur la réforme du premier et du deuxième pilier, appelée Prévoyance vieillesse 2020. Le paquet est le fruit d’un compromis aux Chambres fédérales, après sept ans de travaux. Le conseiller fédéral Alain Berset, en charge du Département de l’intérieur, joue là une carte importante de sa carrière politique: les tentatives de réforme de la prévoyance vieillesse se sont jusqu’ici heurtées à de cuisants échecs. Obtenir une victoire sur ce dossier serait sans nul doute un élément à mettre au crédit du ministre fribourgeois.

Mais même si le projet du département d’Alain Berset a largement été retoqué par l’Assemblée fédérale et qu’un compromis, fragile, s’est finalement dégagé sur la version finale qui sera soumise au scrutin populaire, des oppositions véhémentes se font entendre de part et d’autre de l’échiquier politique. Parmi les opposants, le Parti libéral-radical mène une campagne frontale contre la réforme. Selon lui, le projet est déséquilibré et pèsera de façn excessive sur les jeunes générations.

La stratégie du PLR pour cette campagne est assez simple: s’ériger en porte-voix de l’intérêt des jeunes pour attaquer la réforme sur le plan de la juste répartition des efforts. Or, ce que les libéraux-radicaux défendent avant tout, c’est leur ligne idéologique indiscutable sur le financement des retraites. Les éléments retenus dans le projet lui sont insupportables: augmenter la TVA, les cotisations sociales paritaires (employeurs-employés), sont autant de leviers de financement qui représentent tout ce que le parti combat.

Le mantra du PLR: augmenter l’âge de la retraite

Plutôt que de tabler sur une hausse de la taxation des personnes physiques, le Parti libéral-radical estime qu’il est indispensable d’augmenter la retraite à 67 ans. Une position idéologique qui perdure depuis au moins 2003, date à laquelle l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin a déclaré qu’aucune réforme de la prévoyance vieillesse ne pourrait être viable sans une augmentation de l’âge légal de la retraite.

Du coup, au PLR, c’est la valse des slogans. S’opposer à cette réforme, ce serait selon les libéraux-radicaux défendre les intérêts des jeunes générations. En effet, en augmentant l’âge de la retraite, la répartition des efforts sera plus équitable, puisque ceux qui sont appelés à partir prochainement à la retraite devront aussi consentir à un effort. Si ce raisonnement paraît assez justifiable, il omet deux éléments fondamentaux.

Le premier, c’est la difficulté largement reconnue qu’ont les plus de cinquante ans à retrouver un emploi dans le marché du travail actuel. L’évolution de ce dernier tend d’ailleurs à réduire le nombre d’emplois à très longue durée, ce qui signifie que la part de demandeurs d’emploi dans la catégorie des plus de cinquante ans pourrait encore augmenter davantage. Dès lors, si augmenter l’âge de la retraite peut être défendable, comment faire pour qu’une telle mesure soit concrètement réalisable dans les faits? N’y a-t-il pas un risque d’augmenter la durée du chômage pour les seniors, transformant leur situation déjà délicate en véritable calvaire de fin de parcours?

Le deuxième élément s’avère être le raisonnement qui rend l’élévation de l’âge de la retraite justifiable: l’augmentation de l’espérance de vie. Et en effet, cette hausse (quoi qu’elle semble ralentir depuis peu) implique évidemment un coût pour le système suisse des retraites. Vivre plus longtemps signifie bénéficier de sa retraite plus longtemps. Il serait donc logique de travailler quelques années supplémentaires. Mais cette position fait fi de la seule question qui vaille en la matière: vit-on vraiment mieux après 67 ans qu’auparavant? Quelles sont les chances de dépasser l’âge (déjà honorable) de 70 ans? L’augmentation de l’âge de la retraite implique nécessairement d’augmenter le risque de mourir sans avoir pu profiter d’un repos mérité. Est-ce souhaitable de s’orienter vers une telle société?

La seule question qui vaille: le système est-il durable?

Dans sa campagne, le Parti libéral-radical s’attaque ouvertement aux babyboomers, estimant qu’ils doivent eux aussi supporter une part du financement du système. Mais cette position impose un seul constat: seuls ceux qui ont créé ce modèle de retraites en bénéficieront pleinement. A l’avenir, il faudra consentir à toujours plus de sacrifices pour que le système soit financièrement soutenable.

Si le PLR était courageux, il accepterait de mettre le poing dans la poche s’agissant de Prévoyance vieillesse 2020, laissant à ses militants la liberté de vote, pour mieux revenir à la charge ces prochaines années afin de mettre l’ensemble de l’édifice des retraites sur la table. Le système de retraites tel qu’il existe en Suisse a-t-il réellement un avenir durable?

Répondre à cette question, c’est le seul moyen de réellement défendre l’intérêt des jeunes générations. Toute autre attitude ne revient qu’à tergiverser sur des points de détail, alors que l’essentiel est dans le fonctionnement même du modèle actuel.

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2 réponses sur “Retraites: le PLR défend l’intérêt des jeunes, vraiment?”

  1. Position intéressante. En effet, on peut laisser passer cette petite mise-à-jour d’un système obsolète, en particulier en ce qui concerne le 2e pilier. Ce dernier est basé sur des hypothèses dépassées (travail à vie dans une entreprise, rendement positif du capital, mariage indissoluble). L’AVS ne répond également plus aux besoins et devrait être relevée au niveau des cotisations et des prestations, au détriment du 2e pilier, ce qui permettrait de réduire les subventions faites aux seniors. Le 2e et 3e piliers doivent être fusionnés et ce nouveau pilier emprunter les caractéristiques de ses ancêtres : montant de base obligatoire prélevé sur les salaires par l’employeur, prestataire librement choisi par l’assuré, mix entre capitalisation et assurance de vieillesse, défiscalisation, utilisation possible pour financer l’acquisition d’un logement.

  2. Je me permets de copier et coller ici mon commentaire au texte de Vincent Arlettaz sur ce même blog, qui traitait de ce même sujet en agitant précisément la démagogie PLR anti baby-boomers. Voici:
    Je ne sais quoi penser de cette réforme Berset. Je vais peut-être lbaccepter, parC’e que je ne vois pas de raison majeure de contester un système, certes peu généreux, mais qui a le mérite dbexister.
    Vincent Arlettaz soulève un problème vraiment pénible et irritant: celui des jalousies qui existent, non entre les classes mais entre les générations. Qui a raison? Les vieux qui se sentent lésés et traités trop chichement, oC9 les jeunes qui en veulent aux baby boomers parC’e que ceux-ci, par cette réforme, vont leur « prendre » Frs 15B4000 alors qubeux’ les baby boomers, n’est-ce pas? ont eu la belle vie, tandis que la jeune génération actuelle vit au temps de la mondialisation dont le mot dbordre est: marche ou crève! Et c’est vrai: aujourd’hui c’est marche ou crève.
    Les deux points de vue, les deux sentiments dbinjustice, les deux rancEurs sont compréhensibles. Mais ce débat est pénible.
    Je pense que nous entrons, hélas, dans une époque oC9 les prestations sociales vont etre rognées de plus en plus. Sauf celles accordées aux étrangers, bien entendu, puisque le but de nos dirigeants est visiblement de déposséder les Suissesses et les Suisses de tous leurs avantages. Cette politique délibérée est défendue par Johann Rochel sur ce même blog, au nom de principes soi-disant généreux d’internationalisme, multiculturalisme et « diversité ». Il s’agit de dissoudre les peuples et les nations dans l’Europe et dans le monde.
    Il faudrait trouver de nouvelles rentrées fiscales dont une part serait versées à lbAVS des Suissesses et des Suisses. Par exemple on pourrait remettre le secret bancaire et du coup on aurait une quinzaine de milliards pour mettre du beurre dans les épinards des vieux. Mais à part des recettes miracles comme celle-ci, que de toute façn la classe politique nbaurait jamais le courage de vraiment appliquer (parce que bien entendu ce ne serait pas du goût de l’Europe ni des instances mondialistes devant lesquelles on se prosterne) je crains qubon ne pourra pas empêcher que les rentes des personnes âgées, qui sont déjà très maigres, maigrissent de plus en plus.
    Il faudrait donc défiscaliser complètement lbépargne pour encourager les gens modestes à se constituer des économies pour leurs vieux jours. Il faudrait aussi encourager les institutions dbentraide, et défiscaliser complètement les donations faites à ces institutions. Puisque les institutions sociales nbont plus rien à apporter aux gens, il faut laisser les gens sborganiser eux-mêmes pour préparer leurs vieux jours.
    Qu’en pensez-vous monsieur Barbey?

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