Qu’est-ce qui est vraiment indigne, M. Freysinger?

Les propos du conseiller d'Etat valaisan sur l'immigration et la photo du petit Aylan Kurdi sont, sans surprise, à vomir.
Grégoire Barbey

Pour le conseiller d’Etat et conseiller national UDC valaisan Oskar Freysinger, la publication et l’utilisation des photos du petit Aylan Kurdi – retrouvé mort sur une plage turque –  est «indigne». C’est ce qu’il a déclaré à la RTS dans l’émission Face aux partis. Selon l’élu, l’attitude des médias dans le traitement de ces images est un scandale. C’est ainsi que celui dont le fonds de commerce consiste à manipuler les faits s’érige en redresseur de torts. Les journalistes sont souvent utilisés comme les ennemis de la vérité dans la rhétorique du Valaisan. A l’en croire, ils cachent la réalité et répondent aux ordres d’une caste mondialiste qui veut déréguler le contrôle des flux migratoires. S’il ne le dit jamais aussi clairement – encore que… –, le ministre est un habitué des sous-entendus.

C’est donc ce singulier personnage qui donne des leçons de morale en matière de récupération politique. Ce même homme ne s’était pourtant pas gardé de reprendre à bon compte les attentats perpétrés en France en janvier, dénonçant la «barbarie importée». C’est aussi lui, à travers le département dont il a la charge, qui affirmait en juin que 685 réfugiés avaient été refoulés en Italie en l’espace de deux jours. Allant jusqu’à évoquer 496 réfugiés découverts dans un train lors d’un seul contrôle! Des chiffres farfelus rectifiés trois jours plus tard, le gouvernement précisant qu’il s’agissait d’un recensement s’étalant de mai à juin. Plus récemment, c’est lui aussi qui publiait sur son blog, en réaction à la publication des photos d’Aylan Kurdi, un article présenté ainsi: «Qu’a fait l’Union européenne depuis cette annonce d’avril 2015? (Concernant une opération censé casser l’activité des passeurs, ndr.) Rien!!! Ils sont directement responsables de la mort de milliers de personnes, dont des enfants. Ceci est intolérable». Il n’y a sans doute dans les exemples qui précèdent aucune forme de récupération politique, ni une once de mauvaise foi, voire de manipulation des faits. Ce serait lui faire un vilain procès d’intention que de le penser.

Ce n’est d’ailleurs pas non plus de la récupération politique lorsqu’un membre de son parti se prétendant journaliste, du côté de Genève, publie une «interview» vidéo d’un requérant d’asile tenant des propos surprenants. Lui ne fait que montrer la vérité que les médias traditionnels, «dominants» selon les termes de ces gens, s’acharnent à cacher ou à édulcorer. Et quand l’UDC zurichois Christoph Mörgeli publie sur son profil Facebook une photo datant de 1991 sur laquelle on peut apercevoir des milliers de migrants entassés comme des animaux avec comme mention «La main d’œuvre qualifiée arrive», ce n’est là qu’une simple mise en garde face à la réalité. Il ne faut pas non plus voir de la désinformation dans le fait que le conseiller national genevois UDC Yves Nidegger relaie sur son profil Facebook une vidéo censée nous «ouvrir les yeux» sur l’immigration. Laquelle vidéo, publiée sur le site d’un candidat à la Maison-Blanche, membre d’un sympathique parti prônant la suprématie de la race blanche, a été manipulée. Bref, à aucun moment Oskar Freysinger ni aucun de ses collègues de l’UDC n’ont pratiqué la récupération politique. Jamais. Eux se battent pour qu’éclate au grand jour la vérité, quand tant d’autres luttent pour la maintenir dans l’ombre. Ah, ces parangons de justice!

Trêve d’ironie. Ces sujets sont bien trop graves pour ne serait-ce que prêter à sourire. Non, M. Freysinger, vous n’avez pas le droit de donner des leçons de bonne conduite en politique. Vos récupérations, ainsi que celles de vos collègues, sont plus qu’indignes. Elles sont répugnantes et choquantes. Vous faites d’un problème humanitaire majeur qui concerne directement des centaines de milliers de vies humaines votre cheval de bataille et vous n’hésitez pas à vous accommoder de faits biaisés pour illustrer vos théories politiques. C’est bien cela qui est scandaleux, et non la publication de photos qui traduisent la froide réalité de ces mouvements humains. «Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde», disait Albert Camus. N’en rajoutez pas davantage.

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