Préférence nationale: ni dogme ni bon sens

Les arguments de Christophe Darbellay sur la préférence nationale ne sont pas justes.
Grégoire Barbey

Réponse à la chronique de Christophe Darbellay, président du PDC: «Préférence nationale, dogme ou bon sens?»

Christophe Darbellay estime dans sa réponse à ma chronique «Ce n’est pas Darbellay qui tourne, c’est le vent» qu’il défend la Constitution en appelant le Conseil fédéral à appliquer la préférence nationale à l’administration fédérale. C’est faux. L’article constitutionnel auquel il fait référence – hérité de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse» et qu’il rappelle avoir combattu avec ferveur – n’implique pas de préférer un travailleur résident en Suisse à un autre travailleur disposant déjà d’un permis. Cette préférence nationale mentionnée dans l’initiative ne s’applique que dans le cadre d’une demande de permis. La nuance est essentielle. Il n’est pas ici question d’introduire une préférence nationale au sein de la Confédération – et encore moins dans le privé.

Sans doute Christophe Darbellay connaît-il déjà la différence entre la préférence nationale telle qu’exigée par l’initiative de l’UDC acceptée le 9 février 2014 et celle qu’il appelait de ses vœux dans un entretien donné à la Tribune de Genève/24 Heures. C’est bien dommage qu’il ne veuille pas admettre cette petite nuance, lui qui se «triture l’esprit pour y voir autre chose que le respect de la Constitution et du bon sens».  Le bon sens, c’est effectivement de ne pas tomber dans la facilité, ce que le président du PDC semble pourtant faire dans le cas d’espèce. Une fois encore, Christophe Darbellay réitère sa volonté de conserver les accords bilatéraux avec l’Union européenne. A l’évidence, sa volonté d’appliquer la préférence nationale ne respecte pas le principe de libre circulation des personnes (accord qui n’a pas fait l’objet pour l’heure d’une dénonciation de la part de la Suisse).

Le paradoxe, c’est que Christophe Darbellay admet que le terme de «préférence nationale», pris dans sa perspective historique, est «détestable». Il ne manque pourtant pas de rappeler qu’il avait déjà défendu ce principe avant la votation du 9 février. Dès lors, lorsqu’il affirme se battre pour respecter la volonté du peuple malgré ses sensibilités personnelles, le message qu’il transmet est peu lisible. Certes, le président du PDC estime que la priorité à l’embauche pour les résidents et les étrangers «intégrés» (parce qu’il y a des étrangers pas intégrés qui obtiennent du travail? Quid de ce terme?) devrait être un réflexe civique des employeurs. On peut sans doute lui donner raison. Mais Christophe Darbellay sait également que les décisions de recrutement ne répondent pas uniquement à des critères civiques.

Christophe Darbellay est un fin stratège et je ne doute pas qu’il lui soit nécessaire de se profiler sur des thèmes porteurs durant la campagne pour les élections fédérales. Son rôle est également délicat et il serait malhonnête de le nier. Depuis longtemps, son parti cherche à jouer les balanciers à l’Assemblée fédérale, permettant d’obtenir des compromis durables. Cette position tout à fait louable ne doit toutefois pas prévaloir sur la réalité des faits. On ne peut pas par exemple forcer les jeunes à se précipiter dans les études de médecine pour résorber le manque de main d’œuvre locale dans ce secteur. En tous les cas, et sur l’essentiel (la préférence nationale), la proposition de Christophe Darbellay va au-delà de l’article constitutionnel voté par le peuple et il était important de le relever.

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