Service obligatoire pour les femmes? Une hypocrisie!

Le Conseil fédéral se dit favorable à une extension de l'obligation de servir aux femmes pour garantir les effectifs de l'armée. Une position discutable.
Grégoire Barbey

Le Conseil fédéral s’est récemment positionné en faveur d’une extension de l’obligation de servir aux femmes dans le but de garantir les effectifs de l’armée. A cet effet, il a chargé le département en charge du dossier de déterminer d’ici 2020 ses besoins. Si obligation de servir universelle il doit y avoir, ce n’est toutefois pas pour tout de suite. Mais même s’il reste le temps pour la réflexion, certaines questions s’imposent d’elles-mêmes face à une telle perspective.

Certains défenseurs de l’obligation généralisée de servir estiment que cela mettrait fin à une inégalité de principe. Il faudrait donc considérer une telle extension du service obligatoire comme une avancée en faveur de l’égalité femmes-hommes. En ce moment, l’application d’une telle égalité semble d’abord se faire dans des domaines contraignants. En septembre, les Suissesses et les Suisses se prononceront sur la Prévoyance 2020, qui prévoit de rehausser l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans, qui prévaut déjà pour les hommes.

Mais sur le plan sociétal, où en est l’égalité? A ce jour, des différences salariales entre les femmes et les hommes demeurent. La représentation des femmes dans des postes à responsabilité reste encore bien loin d’une situation idéale. Il n’y a qu’à voir sur le plan politique: une seule femme siège au Conseil d’Etat à Genève, le Conseil fédéral n’en compte plus que deux (quelle était d’ailleurs la position de Simonetta Sommaruga et Doris Leuthard sur cette question?), et les législatifs/délibératifs sont encore très loin d’une juste répartition des sièges.

Les inégalités ne s’arrêtent malheureusement pas là. La représentation des femmes dans les médias est encore très loin d’être idéale. Et même lorsqu’elles bénéficient de poste à responsabilité, le traitement qui leur est réservé n’est pas toujours… égal. Si femmes et hommes sont censés être égaux sur tous les plans, la réalité est bien différente. En général, les femmes sont plus facilement interrogées sur des questions sociales, liées par exemple à l’enfance ou à l’enseignement. Les hommes trustent encore largement tout ce qui a trait aux sujets «techniques».

Bref, l’extension du service obligatoire est discutable, ne serait-ce que parce que l’argument de l’égalité est un poil malhonnête. On serait presque invité à penser que ceux qui en défendent le principe tentent de faire passer un message: B+Mesdames, vous voulez l’égalité? Vous allez d’abord la roter!B;. Est-ce un hasard si le Conseil fédéral, qui compte cinq hommes sur sept sièges, soit a priori favorable à ce que les femmes soient intégrées dans le service obligatoire? En ce qui me concerne, je ne crois pas au hasard.

L’argument des effectifs me semble aussi un peu à côté de la plaque, parce qu’il ne fait que rendre l’extension de l’obligation de servir indépassable pour des questions de besoin. Or, il s’agit d’une perspective qui doit être débattue en-dehors des seuls besoins de l’armée. C’est un sujet de société, qui doit être traité comme tel. Serait-il souhaitable que les femmes obtiennent toutes les contraintes d’une égalité dont elles n’obtiennent pour l’heure en termes d’avantages que des miettes?

La question d’une extension de l’obligation de servir peut toutefois se poser, mais dans des termes quelque peu différents. Puisque l’égalité est loin d’être acquise, pourquoi la Confédération, à travers un service citoyen, ne mettrait pas en place des formations qui pourront bénéficier aux femmes dans le cadre de leur carrière? N’y aurait-il pas là un intérêt politique majeur? Cela aurait au moins le mérite d’être novateur et adapté aux défis de notre société contemporaine.

Mais on ne m’enlèvera pas de la tête l’idée que la seule égalité qui soit souhaitable en matière d’obligation de servir, c’est l’abolition de celle-ci. Pourquoi l’armée donne-t-elle l’impression de refuser d’effectuer une réelle introspection? En matière d’effectifs, la question d’une réforme en profondeur se pose. Le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, que l’on pourra qualifier sur ce sujet de courageux, proposait il y a quelques années une armée à 20’000 hommes, bien loin du souhait de bien des défenseurs de l’armée suisse.

En tous les cas, la discussion qui devrait éventuellement conduire à l’extension de l’obligation de servir ne pourra pas avoir lieu sereinement tant qu’il n’y aura pas eu, du côté de l’armée, des signaux clairs en faveur d’une réflexion sur elle-même. Et si le seul argument réel du Conseil fédéral pour justifier une réflexion sur l’extension de l’obligation de servir s’avère être les besoins en effectif de l’armée, alors le sujet n’est pas encore mûr pour être sérieusement débattu.

Avant de vouloir imposer aux femmes toutes les contraintes d’une égalité souhaitée et rêvée, il faudrait d’abord songer à ce qui peut être fait concrètement pour qu’elles en voient aussi et surtout les avantages.

Partager cet article

Share on facebook
Facebook 0
Share on google
Google+ 0
Share on twitter
Twitter
Share on print
Imprimer
Share on email
Email

14 réponses sur “Service obligatoire pour les femmes? Une hypocrisie!”

  1. Je suis une femme, je ne suis pas spécialement fan des armes à feu. Après si j’avais dû faire l’armée, il est très possible que je l’aie fait. Ca m’a l’air d’être une expérience à vivre, entre la vie en communauté plurilinguiste, les exercices en extérieur, des connaissances sur l’organisation générale de la protection d’un pays auquel je suis tout de même attachée, on choisit pas ses racines…
    Après on sait que des fois c’est mal foutu et absurde, ç c’est un autre problème… Mais comme on le sait, en “roter” ensemble, ç rapproche ! Donc en attendant une hypothétique suppression de l’armée obligatoire, il ne semble logique et plutôt positif que les femmes soient elles aussi obligées de le faire. Je crois que ç aiderait certains à les considérer d’un nouvel oeil.

  2. M. Barbey, vos idées, mais surtout la manière dont elles sont formulées, me semblent confuses.
    Tout d’abord pourquoi méprenez-vous l’égalité en droit avec l’égalité en fait ? Le cadre législatif actuel consacre une inégalité envers les hommes (service militaire ou civil; protection civile ou taxe d’exemption mais aussi âge de la retraite ultérieur et congé paternité quasi inexistant). Que les femmes travaillent à 80% davantage que les hommes (qui plébiscitent le 100%) relève du choix de vie; la biologie est certes cruelle en cela que les femmes ont le monopole de la gestation.
    Vous ne cultivez peut-être pas la confusion volontaire mais votre écriture adolescente y succombe hélas. Cessez peut-être d’employer des mots familiers et inutiles comme “truster” et de conclure vos arguments par des platitudes indigentes : annoncer que l’on ne croit pas au hasard me semble rhétoriquement plus que faible !

    1. La forme de votre commentaire tente tant bien que mal de cacher le vide de son contenu. Quel dommage d’être aussi agressif face à quelqu’un qui pense différemment de vous. “Ecriture d’adolescent”, voilà tout ce que vous pouvez trouver comme argument pour discréditer mon texte? La biologie n’a rien à voir avec mes propos, relisez-les et vous verrez à quel point votre agressivité n’a pas lieu d’être. D’une part, je n’ai jamais prétendu avoir raison seul contre tous, je donne mon opinion et chacun est libre d’en débattre ou de ne simplement pas y trouver son compte; d’autre part, je cultive le débat dans le respect des individus, j’en attends de même de la part de ceux qui veulent participer à des discussions, que cela soit sur mon blog, sur les réseaux sociaux ou en face à face. Donc la prochaine fois, adoptez une attitude un peu plus respectueuse, sinon vous n’aurez plus accès à ce blog.

      1. Bonjour, service oblgatoire, cela déterminerait un nouveau statut pour toutes les femmes de notre pays, mais les besoins sont bien entendu moindre, alors quid d’un impôt supplémentaire pour les exemptées et un renflouement des caisses fédérales ! Je pose juste la question bonne journée

  3. Hé bien, c’est assez simple. Comme le dit l’article commençns d’abord par la base toute simple de l’égalité, la Suisse étant dans le peloton de queue : les salaires, la représentation au sein des entreprises et des institutions, le respect de la différence. Après on pourra discuter. La base d’abord.
    Je ne tiens pas à faire l’armée, c’est personnel. Mon corps m’appartient, je ne souhaite pas qu’on “l’utilise” pour pallier des manques. Déjà qu’on procrée sous pression souvent, on prend soin, on se met au service de tout et chacun, à des conditions défiant toute conccurence. C’est non. De service certainement pas celui-là. Que le Conseil Fédéral vote JA en dit long sur la déconnection. Introspectez les sages. Introspectez. Il y a du travail.
    No pasaran

    1. Les droits impliquent des responsabilités. Si vous n’êtes pas prêts à defender la nation, vous ne méritez pas ces droit. Tout simplement.

  4. Votre article part dans une direction complètement fausse. Les effectifs de l’armée sont bel et bien discutés en fonction de ses besoins, encore heureux. L’armée reçit un mandate de la Confédération basé sur les rapports de sécurité et ses missions sont définies, en gros: défense (le plus important), appui aux autorités (le plus courant), et promotion de la paix. De ces missions découlent des profils de prestations des troupes et donc un nombre d’homme pour les remplir. Par nombre d’homme entendez que sur les 100’000 hommes prévu par le DEVA, c’est en réalité qu’un tiers qui pourra être engagé si vous enlevé les relèves, les hommes en réserve, etc. Donc oui, l’effective de l’armée est définit par rapport aux besoins de la Confédération et aux menaces possibles, sinon on ferait des plans sur la comète. Donc avant de faire des théories abracadabrantesques sur le personnel de l’armée, il faut revenir à ses missions constitutionnelles de base, tout le reste est des calculs de boutiquiers. Quant aux femmes, avant de les forcer à faire du service, il faudrait forcer le paquet d’hommes qui échappent à une obligation constitutionnelle à ne plus pouvoir aller au service civil n’importe comment. On pourrait ainsi enfin remplir les fonctions clés comme les informaticiens ou autres tâches techniques et importantes ou les hommes font cruellement défaut parce que quelques mois de service pour le bien commun faisait un peu chenit sur le planning des études. Quant à l’armée qui ne fait aucune réflexion, lisez le projet DEVA et vous verrez qu’elle réfléchit depuis un bon moment.
    Concernant les commentaires des autres, votre individualisme vous perdra. Votre corps vous appartient peut-être mais c’est quand même plus facile de le défendre quand il appartient à une communauté de destin plus grande que son appartementb&

    1. Cher Edouard,
      Justement la communauté de destin on souhaiterait en faire partie pleinement ce qui n’est pas encore le cas. Commençns par la base : l’égalité de traitement sur les salaires, la répresentation, l’équité etc… Si s’occuper des autres et prendre soin de soi sont ce que vous appelez de l’individualisme un débat doit s’engager. Il me semble que nous avons échappé aux tragédies des guerres précédentes grâce à une bonne stratégie, un bon sens de la négotiation (nous n’allons pas creuser ici la façn dont la Suisse à préserver sa neutralité) allié sans doute à un art de la défense spécifique à notre pays. L’armée fait sans doute partie de l’équation tout autant que le sens des affaires il me semble. Défendre une communauté est une affaire complexe je n’en doute pas.
      Quand à défendre nos corps je vous rassure on ne compte pas (plus) sur l’armée. Les agressions diverses et variées, on y est confrontées très jeunes. On apprend vite à se défendre d’abord mentalement et verbalement et plus rarement, c’est bien heureux, physiquement. Le sexe faible, pas sûr que ce soit toujours nous.
      Tout ceci dit avec respect pour votre réflexion et vos opinions. Bien à vous.

  5. Je ne parlais évidemment pas d’individualisme concernant les femmes. Je suis le premier convaincu qu’elles ont bien d’autres combats à gagner avant le droit à faire du service militaire et je pense que leur contribution au bien commun doit être autrement valorisée. C’est plutôt l’individualisme des hommes qui m’ennuie fortement, tous ceux qui pensent qu’ils ont mieux à faire. Si tous les hommes qui sont astreints jouaient le jeux, nous n’aurions pas cette discussion mais notre pays est malheureusement victime de son confort. Après j’aimerais être clair. Je ne suis pas un traineur de sabre qui pense qu’une armée à 800’000 est indispensable, là encore, elle doit être calquée sur des besoins. Et les besoins d’aujourd’hui peuvent être remplis sans obliger les femmes puisque la population masculine suffit, si pour autant on l’oblige vraiment à le faire comme le prévoit la constitution.

  6. Pour l’égalité quand ç nous arrange et pour l’inégalité quand ç nous arrange aussi !
    C’est comme les féministes au bureau qui demandent aux garçns de porter les cartons quand les nouveaux Pàsont livrés. Elles veulent le beurre et l’argent du beurre.
    Hypocrisie.

  7. Bonjour.
    Vous vous emmêlez les pinceaux. Le coeur de votre sujet est l’extension de l’obligation de servir aux femmes (ce qui pour moi ne doit pas être vu d’un mauvais oeil soit dit en passant, l’armée est une bonne école de la vie), et pour justifier votre désaccord, vous énoncez des éléments sans aucun rapport, comme le nombre de femmes au conseil d’Etat ou au conseil Fédéral.
    Toutefois, il n’est pas sage de vous en blâmer, car c’est malheureusement le schéma d’argumentation que l’on apprend dans certaines écoles. Le Sophisme est l’apanage du journalisme actuel concernant ce sujet, et d’autres sujets (comme les conflits au moyen-orient, la politique américaine, la politique européenne, les différentes politiques nationales).
    Si vous souhaitez continuer dans cette voie, je vous suggère de vous remettre en question, de remettre vos certitudes en question et de ne pas donner “votre opinion” mais la réalité du terrain, que vous aurez analysé au préalable (l’analyse ne consiste pas à sortir trois statistiques d’un journal douteux ou d’une base de statistique qui ne s’intéresse qu’aux chiffres et non à l’humain). Pour ceci, je vous recommande, en toute humilité, de vous intéresser à la sociologie, et aux règles que s’imposent les chercheurs dans cette science dite molle (vous pouvez vous pencher par exemple sur l’ouvrage “Le Suicide” d’Emile Durkheim, qui est une référence dans le milieu malgré son titre cynique).
    Si vous ne prétendez pas à la voie d’un véritable journalisme, continuez sur cette lancée et vous pourrez être remarqués par des tabloids ou des organisations indépendantes qui partagent vos convictions. Toutefois, en toute honnêteté intellectuelle, cette voie me semble peu recommandable.
    Au revoir

Laisser un commentaire