Genève · 20.09.2026Prochaine votation fédérale : 27 septembre

Politique suisse : les faits, les avis, le débat.

Suisse · L'éditorial

Lettre à la jeunesse de Suisse

Lettre à la jeunesse de Suisse

On vous dit que la politique est ennuyeuse, que votre voix ne pèse rien, que tout est joué. C'est faux, et c'est même l'inverse. Dans aucun pays au monde un jeune citoyen ne dispose d'autant de pouvoir réel qu'ici. Encore faut-il s'en saisir.

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À vous qui avez vingt ans ou un peu moins, à vous qui votez pour la première fois ou qui ne votez pas encore, cette lettre. Parce qu'on vous a probablement raconté beaucoup de choses fausses sur la politique, et qu'il est temps de rétablir quelques faits.

Vous avez un pouvoir que le monde vous envie

Commençons par le plus important, celui qu'on oublie de vous dire : en Suisse, vous n'êtes pas seulement appelés à choisir des représentants tous les quatre ans. Vous votez, plusieurs fois par an, sur les décisions elles-mêmes. Sur une réforme des retraites, sur un impôt, sur une loi qui vous déplaît. Vous pouvez, avec d'autres, lancer une initiative pour changer la Constitution, ou un référendum pour bloquer une loi votée par le Parlement.

Prenez la mesure de ce que cela signifie. Dans la plupart des démocraties, un jeune citoyen glisse un bulletin tous les quelques ans et regarde ensuite, impuissant, d'autres décider à sa place. Ici, vous tenez une part du pouvoir réel, en continu. Ce n'est pas un détail institutionnel : c'est un privilège rare, arraché de haute lutte par les générations qui vous ont précédés.

L'abstention n'est pas une neutralité

On entend souvent : « je ne vote pas, la politique ne me concerne pas », ou « ça ne changera rien ». Comprenons-nous bien : ne pas voter n'est pas rester neutre. C'est laisser d'autres décider pour vous — et, en démocratie directe, ces autres décident vraiment.

Les objets qui reviennent dans les urnes vous concernent au premier chef, et souvent plus que vos aînés : le climat, dont vous vivrez les conséquences le plus longtemps ; les retraites, que vous financerez ; le logement, dont les prix décident si vous pourrez partir de chez vos parents ; le numérique et vos libertés. Sur chacun de ces sujets, votre voix compte autant que celle de quelqu'un qui a trois fois votre âge. Ne pas l'utiliser, c'est accepter d'avance que d'autres tranchent des questions dont vous porterez le poids.

Par où commencer

  • S'inscrire et voter, même sur un seul objet qui vous tient à cœur. On apprend en faisant.
  • Lire la brochure de vote : elle est faite pour être comprise, argument du oui et du non côte à côte.
  • Signer, ou refuser de signer, les initiatives et référendums qu'on vous présente dans la rue : c'est déjà agir.
  • Rejoindre un parti de jeunes, une association, un collectif — la politique n'est pas qu'un bulletin, c'est aussi une pratique collective.

Le risque de la lassitude

Une mise en garde, aussi. Le pouvoir que vous avez ne vaut que si vous l'exercez avec exigence. Votre génération est la plus exposée de l'histoire à la désinformation, aux contenus fabriqués pour l'indignation, aux algorithmes qui vous enferment dans ce que vous pensez déjà. Le premier acte civique, aujourd'hui, c'est de vérifier avant de croire, et de croire avant de partager.

La démocratie directe suppose des citoyens qui prennent le temps de comprendre les objets sur lesquels ils votent. Ce n'est pas toujours passionnant ; c'est parfois technique et lent. Mais cette lenteur est le prix de votre pouvoir. Les régimes où l'on décide vite sont ceux où le citoyen ne décide de rien.

Ce que nous vous devons, ce que vous nous devez

Nous, vos aînés, vous devons un pays dont les institutions restent solides, une information honnête, et la place pour vous exprimer. Vous nous devez de ne pas laisser ce pouvoir en jachère. Le contrat est simple, et il est ancien : chaque génération reçoit la démocratie en dépôt et doit la transmettre intacte, ou meilleure.

Elle est entre vos mains plus tôt et plus complètement qu'ailleurs. Ne la rangez pas au tiroir des choses ennuyeuses. C'est, très concrètement, le seul outil qui vous permettra de peser sur la vie que vous allez vivre.

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