Certificat covid: la grande plongée dans l’inconnu

Le Conseil fédéral a précisé les modalités du déploiement du certificat covid courant juin.
Grégoire Barbey

C’est la grande plongée dans l’inconnu. Le conseiller fédéral Alain Berset a précisé en conférence de presse les modalités d’utilisation du certificat covid, ce fameux sésame qui doit accompagner la levée des restrictions pour les grandes manifestations, les discothèques et les clubs. Dans ces endroits-là, il sera obligatoire. Le certificat covid permettra de prouver que son détenteur n’est pas contagieux: soit il a été vacciné, soit il a guéri de la maladie et dispose d’anticorps neutralisants, soit il a effectué un test PCR il y a moins de 72 heures dont le résultat est négatif. Ce dispositif numérique est jugé indispensable pour ré-autoriser l’accès à des lieux où les risques de contamination sont élevés.

Le gouvernement a bien entendu précisé qu’il n’entendait pas obliger les restaurateurs, salles de sport et autres établissements privés d’exiger le certificat covid. Toutefois, rien n’interdit aux exploitants d’y recourir sur le plan légal, puisqu’il s’agit d’une relation contractuelle de droit privé. Sur ce point précis, Alain Berset a donc affirmé que dans les cas où un lieu limite l’accès de sa clientèle aux seuls détenteurs du certificat covid, la levée des autres mesures de protection pourrait être envisagée, puisque seules des personnes non contagieuses seraient présentes. Cette seule perspective d’offrir un service qui ressemblerait à s’y méprendre au «monde d’avant» pourrait bien motiver certains exploitants à sauter le pas.

Et c’est sur ce point que le certificat covid relève d’une expérimentation sociale de grande envergure: le Conseil fédéral ignore comment la société civile va réagir au déploiement de ce dispositif. Est-ce qu’il deviendra pratiquement partout où cela est légalement possible la nouvelle norme? Est-ce qu’il y aura des établissements «à risque», sans exigence de laissez-passer sanitaire, pour toutes celles et ceux qui se refusent à utiliser cette mesure pour une raison ou une autre, et des «safe places» où une certaine catégorie de la population vient se ressourcer à l’abri des habituelles restrictions sanitaires?

Alain Berset se voulait rassurant. Il a donc rappelé que la mesure était transitoire. Qu’elle ne durerait «qu’aussi longtemps que nécessaire». En principe, l’utilisation du certificat covid ne devrait plus être à l’ordre du jour lors de la phase 3 du plan de sortie de crise. En principe, car le ministre de la Santé a aussitôt précisé que le certificat «existe, on pourra donc en rediscuter à ce moment-là». Malin, le Conseil fédéral prépare déjà le terrain à une extension de l’utilisation du certificat, lequel n’est même pas encore déployé.

Il s’agit d’une nouvelle étape dans la gestion de la crise sanitaire. Et pas des moindres. Parce que ce choix de société, celui d’imposer une solution technologique comme moyen indiscutable de sortir de la crise, va conditionner beaucoup d’autres aspects de nos vies de citoyens astreints aux mesures sanitaires.

Que nous réserve l’avenir? Le pari du Conseil fédéral est risqué. En parallèle, une entreprise commercialise en Suisse un bracelet connecté pour aider les femmes à tomber enceinte. Elle ambitionne d’en faire un outil de détection du coronavirus. Pour traquer la maladie, l’outil surveille la température de la peau, le pouls et la fréquence respiratoire ainsi que l’irrigation sanguine et les variations du rythme cardiaque. L’Union européenne a décidé de financer des recherches plus poussées sur cet outil. Deviendra-t-il, après le certificat covid, la nouvelle normalité pour retrouver davantage de liberté? Qui peut aujourd’hui prendre le risque d’affirmer avec certitude que cela ne pourra pas se produire?

Habitués au sentiment de sécurité relative procuré par le certificat covid, bien des gens pourraient être séduits par une telle mesure. Le Conseil fédéral entre-ouvre peut-être sans le savoir la porte à une nouvelle forme de liberté. La liberté sous contrôle permanent des corps potentiellement malades. Le certificat covid est décidément une grande plongée dans l’inconnu.

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