Congé paternité: une initiative juste et nécessaire

Le texte qui sera soumis en votation est indispensable pour progresser vers l'égalité femmes-hommes.
Grégoire Barbey

L’initiative pour un congé paternité d’une durée de quatre semaines a été déposée à la Chancellerie fédérale début juillet 2017. Le texte prévoit que le congé soit financé par la perte de gain (APG) comme c’est actuellement le cas pour le congé maternité. De plus, la formule retenue par les initiants visent à garantir une certaine souplesse pour les entreprises: le congé ne doit pas être obligatoirement pris d’un bloc.

Evidemment, l’annonce du dépôt de cette initiative a suscité son lot d’oppositions. Celle des Jeunes libéraux-radicaux est selon moi la plus marquante. Plutôt que d’introduire un congé paternité, ceux-ci proposent d’étendre l’actuel congé maternité aux hommes, créant ainsi un congé parental, sans pour autant en augmenter la durée. Concrètement, hommes et femmes se partageront un congé d’une durée de 14 semaines (98 jours). Libre aux couples de se mettre d’accord sur sa répartition.

Les Jeunes libéraux-radicaux justifient leur position par le coût que représente l’introduction d’un congé supplémentaire dévolu aux pères. S’appuyant sur un rapport du Conseil fédéral de 2013 analysant en détail la question du congé paternité/parental, ils font leurs ses conclusions. Un congé de quatre semaines pour les pères coûterait 385 millions de francs à la collectivité, selon l’administration fédérale.

Mais le rapport ne se limite pas aux seuls coûts monétaires d’une telle mesure sociale. En effet, il met en exergue un paradoxe qui n’est pas sans conséquence: alors que la participation des mères au marché du travail n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies, ce n’est le cas que dans une moindre mesure pour la participation des pères à la garde des enfants et aux tâches domestiques. «La répartition des tâches et des rôles entre activité professionnelle rémunérée et tâches familiales et domestiques non rémunérées continue à être liée aux sexes; cette tendance s’accentue même après la naissance d’un enfant», peut-on lire dans ce rapport.

Selon diverses enquêtes d’opinions, les pères souhaiteraient pourtant s’impliquer davantage dans la garde des enfants, y compris dès la naissance. «L’écart entre désir et réalité s’explique entre autre par le fait que les hommes sont souvent mieux valorisés et reconnus socialement et professionnellement en tant que hard working male que dans leur rôle de working father», précise l’analyse du Conseil fédéral. Comprendre: malgré les évolutions de notre société, les hommes continuent à être mieux considérés sur le marché du travail, parce qu’ils sont perçus comme de gros bosseurs.

Cette situation démontre à quel point les stigmates de l’inégalité des genres ont la peau dure. Femmes et hommes ne sont pas égaux face au travail, et ce en particulier après la naissance d’un enfant (voir graphique ci-dessus). En outre, le rapport pointe un élément essentiel: les congés parentaux accordés dans d’autres pays ont des effets différents en fonction de leur structure. Dans les pays où le congé parental ne réserve pas une durée spécifique aux pères, ces derniers les sollicitent beaucoup moins. Le document cite l’exemple de l’Allemagne pour étayer cette situation.

En 2007, le taux de recours masculin au congé parental était de 8,8%. Après l’introduction d’un système de quotas en Allemagne, ce taux est passé en 2008 à 17%, puis à 27,3% en 2011. La durée du congé y est d’au moins 12 mois (contre 14 semaines en Suisse…), et il est prolongé à 14 mois s’il est partagé entre les deux parents et si chacun prend au moins deux mois.

Les Jeunes libéraux-radicaux, en voulant plaire aux milieux économiques, s’appuient donc sur un rapport qu’ils ont lu partiellement. Ne s’intéressant qu’à l’aspect du coût pour la collectivité, ils ont volontairement ou non ignoré les différents éléments mis en exergue par ce document. Leur proposition d’étendre aux hommes l’actuel congé maternité sans leur réserver une durée spécifique ne tient absolument pas compte des conclusions du Conseil fédéral. Et l’absence d’allongement du congé ne peut amener que deux conséquences: soit les hommes s’abstiendront de recourir à un tel congé pour que les femmes puissent conserver leur situation actuelle, soit ils phagocyteront une partie du congé auquel les femmes ont le droit.

Cette position est pour le moins rétrograde. En 2009, le Parti libéral-radical avait pourtant déposé une motion (qui avait été rejetée) pour introduire un congé parental incluant deux semaines en plus de la durée du congé maternité.

En se contentant d’aborder le sujet sous le seul angle de son coût pour la collectivité, les Jeunes libéraux-radicaux font l’impasse sur les potentiels retombées positives d’un tel congé parental pour la société. Une telle mesure pourrait peu à peu casser la logique selon laquelle les pères travaillent et les mères gardent les enfants. En répartissant mieux les tâches familiales et domestiques, hommes et femmes pourraient y trouver leur compte et faire les choix qui leur correspondent.

Dans une société qui accorde davantage d’importance aux performances professionnelles qu’à la réussite personnelle, octroyer aux parents le droit de s’occuper de leur nouveau-né paraît relever d’un bon sens salutaire. Si parents et enfants sont plus heureux grâce au congé parental, comment peut-on en débattre l’utilité que du seul point de vue de son coût financier? C’est là une position bien triste pour une jeunesse politique censée provoquer des débats d’avant-garde. Sur ce sujet, les Jeunes libéraux-radicaux se montrent plus conservateurs que ne le sont leurs aînés.

Le congé parental est un choix de société. Il s’agit de savoir quelles sont nos priorités. En ce qui me concerne, je ne pense pas qu’une économie saine puisse faire l’impasse sur des périodes aussi essentielles de l’expérience humaine. Et si une partie du bien-être des familles et des enfants passe par l’introduction d’une telle mesure, alors ce choix est une opportunité: celle de bâtir une société oC9 l’épanouissement personnel n’est pas une utopie.

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