Ignazio Cassis, l’écran de fumée tessinois de la droite conservatrice

Le Tessinois fait la démonstration d'une ligne conservatrice dure malgré son allégeance au libéralisme.
Grégoire Barbey

Le Tessinois libéral-radical Ignazio Cassis est sous le feu des projecteurs pour la désignation du successeur de Didier Burkhalter au Conseil fédéral. Le principal élément qui fait de lui le favori de ce scrutin? Il représente un canton, le Tessin, qui n’a pas été représenté au Conseil fédéral depuis 1999. Mais derrière ce critère objectif se cache en réalité une lutte de pouvoir. Ignazio Cassis n’est pas le candidat du Tessin, élément alibi pour le porter aux nues: c’est le candidat de la droite dure. Cette analyse, exprimée par le politologue et ancien conseiller national socialiste Andreas Gross hier soir à Forum, n’est pas dénuée d’intérêt.

Malgré une majorité PLR-UDC au Conseil fédéral, ce dernier demeure plutôt de centre droit. L’éventuelle élection d’Ignazio Cassis remettrait en cause cet équilibre, tant le candidat tessinois est le tenant d’une ligne dure à l’interne de son propre parti. En témoigne sa prestation hier soir au 19h30 de la RTS. Interrogé sur l’immigration, Ignazio Cassis a déclaré qu’il y a «trop de migrants en Suisse». Après l’abandon de sa nationalité italienne, démarche saluée par l’UDC, le Tessinois donne désormais de nouveaux gages au parti nationaliste-conservateur en reprenant les stigmates de la rhétorique UDC.

Le favori ne s’est en effet pas contenté de déclarer qu’il y aurait trop de migrants en Suisse. Il a également tenu à distinguer «deux types d’étrangers»: ceux qui viennent dans notre pays pour travailler, et les autres, qui demandent l’asile. Ne nous méprenons pas, ce distinguo est exactement dans la droite ligne du discours de l’UDC. Les travailleurs européens, même s’ils font aussi l’objet des foudres du parti national-conservateur pour la concurrence qu’ils exercent avec les travailleurs indigènes, seraient une catégorie à part. Les requérants d’asile extra-européens, quant à eux, ne viendraient finalement en Suisse que pour profiter des largesses du système social et n’auraient aucune velléité d’intégration et moins encore d’envie de travailler.

Cette rhétorique ne date pas d’hier. Christoph Blocher m’vait confié en 2015 lors d’un entretien à Baden être d’accord «d’accueillir l’immigration favorable à l’économie suisse, mais le reste, nous n’en voulons pas». Les propos d’Ignazio Cassis vont exactement dans le même sens. En créant de facto une différence intrinsèque entre les travailleurs européens et les migrants extra-européens, le Tessinois ne se contente pas de draguer l’UDC. Il relaie ses thèses, les épouse, les défend. Ignazio Cassis est bel et bien le candidat idéal pour le parti blochérien. Qu’importe s’il tergiverse encore sur la nécessité d’une simplification des relations bilatérales avec l’Union européenne, sa capacité à renverser l’équilibre du Conseil fédéral en faveur d’une véritable majorité de droite dure est acquise.

A bien des égards, Ignazio Cassis se retrouve sur l’essentiel de la ligne politique de l’UDC. A la fois conservateur sur les questions de société, peu disposé à l’égard de l’immigration extra-européenne, ultra-libéral sur les questions économiques, le candidat tessinois se révèle être un tenant de la ligne dure du Parti libéral-radical. Jusqu’ici, le pragmatisme d’un Didier Burkhalter a préservé les équilibres au sein du Conseil fédéral. La victoire d’Ignazio Cassis mettrait durablement en péril ce mouvement de balancier si nécessaire.

Continuer à présenter le Tessinois comme le simple représentant de son canton est une erreur d’analyse, ainsi qu’une faute politique. Ce qui se joue sous nos yeux de spectateurs, c’est bien plus qu’une question de représentation régionale au sein du Conseil fédéral. Il s’agit d’une ligne politique, d’une vision de la société, d’un projet, et cela aura une conséquence sur la majorité du gouvernement. Il s’agit donc de voir par-delà le critère régional, qui n’est finalement qu’un contre-feu qui sert des intérêts bien plus politiques qu’il n’y paraît. Ignazio Cassis est le champion idéal pour augmenter encore un peu plus le poids de l’UDC sur la scène fédérale.

Partager cet article

Share on facebook
Facebook
Share on google
Google+
Share on twitter
Twitter
Share on print
Imprimer
Share on email
Email

2 réponses sur “Ignazio Cassis, l’écran de fumée tessinois de la droite conservatrice”

  1. Tout à fait d’accord !
    J’espère que le parlement réfléchira bien et réfléchira deux fois ….Si on veut redonner une chance à la caisse unique quand les gens seront plus nombreux à être pris à la gorge par les primes !

  2. le mauvais calcul des Romands était d’avoir soutenu Parmelin à la place d’un Alémanique et d’être privé d’un nouveau siège aujourd’hui. Quand le parlement élit un PLR, il ne faut pas s’attendre à ce le candidat propose des idées de gauche, il fera partie d’un collège qui va encore subir 4 changements ces prochaines années. Qui peut bien prédire l’orientation politique dans la prochaine législature ?
    Si la représentativité cantonale n’est plus démontrée, elle ne sera plus jamais mise en avant et cet argument tombera de lui-même. C’est surtout l’UDàqui peine à trouver de bons candidats.

Laisser un commentaire