Genève: vers un nouvel excédent budgétaire pour l’année en cours?

La croissance de l'économie genevoise a atteint 1,0% lors du premier trimestre. Un chiffre qui peut en réalité cacher des enjeux importants.
Grégoire Barbey

La croissance de l’économie genevoise au premier trimestre de l’année en cours s’établit à 1,0% en termes réels (résultat corrigé des variations saisonnières), selon les dernières estimations du produit intérieur brut publiées par l’Etat de Genève. Les deux précédents trimestres avaient été marqués par une croissance anémique (+0,2%). Le PIB de l’ensemble du pays a progressé pour sa part de 0,6% durant la même période. Sur l’ensemble de l’année 2018, le taux de croissance de l’économie suisse a atteint 2,5%, contre 3,2% pour le canton de Genève. Le montant du produit intérieur brut a atteint 51,1 milliards de francs l’an dernier, selon les chiffres provisoires publiés par l’Office cantonal de la statistique. La part de l’économie genevoise dans l’ensemble de l’économie du pays s’élève à 7,4%.   

Ces chiffres positifs sont publiés dans un contexte particulier: les Genevoises et les Genevois viennent d’adopter il y a un mois le volet cantonal de la fameuse réforme de la fiscalité des entreprises. Les syndicats et la gauche craignent que les baisses fiscales que devrait induire cette révision de l’imposition des sociétés ne conduisent à des coupes budgétaires drastiques.  

Les perspectives de croissance de l’économie genevoise réalisées en octobre 2018 étaient plutôt prudentes: le Groupe de perspectives économiques tablait sur la continuation de la décélération de la croissance constatée en fin d’année. C’est sur la base de ces perspectives que les estimations fiscales pour le budget 2019 ont été réalisées. En tout état de cause, si cette croissance plus importante que prévue devait se poursuivre durant l’année en cours, les recettes fiscales escomptées devraient être plus importantes. Pour rappel, les comptes 2018 ont présenté un bénéfice de plus de 220 millions de francs. Ce résultat avait relancé alors le débat sur la qualité des estimations fiscales, un sujet qui revient souvent aussi au niveau fédéral puisque la Confédération enregistre année après année des excédents importants.

Les partis de gauche voient dans cette tendance à des estimations fiscales trop prudentes une méthode pour la majorité de droite au Conseil d’Etat de proposer des coupes budgétaires, ce que le canton réfute. Dans une interview à Radio Tonic le 7 juin dernier, la ministre des Finances Nathalie Fontanet rappelait que les dépenses du canton ne cessent d’augmenter année après année. Les partis de droite préfèrent quant à eux des estimations plus prudentes, de peur que l’appétit de la gauche pour de nouvelles prestations ne génèrent des déficits inattendus. Les bénéfices permettent ainsi de rembourser la dette du canton, qui est la plus élevée de Suisse. Le canton de Genève a toutefois une gestion rigoureuse du service de la dette, limitant ainsi le montant des intérêts payés chaque année.

Au-delà de ces clivages très politiques se pose la question de la doctrine des prévisions de l’Etat de Genève: ce biais de prudence dans les estimations fiscales n’a-t-il pas tendance à accroître les tensions autour des questions budgétaires? Alors que la réforme de la fiscalité des entreprises devrait générer des pertes de près de 200 millions de francs durant les premières années de sa mise en œuvre, la précision des estimations de rentrées fiscales sera importante lors des processus budgétaires pour limiter le catastrophisme des uns et des autres. Ces situations de tension sont telles à Genève sur les questions budgétaires qu’elles peuvent conduire à des grèves de la fonction publique, notamment. Dans ce canton très riche, on ne rigole pas avec l’argent.

L’économie genevoise pourrait d’ailleurs bénéficier d’une conjoncture plus favorable qu’attendue grâce à des événements bienvenus en termes d’image pour le canton: la gestion de la future monnaie de Facebook, la Libra, aura lieu à Genève, et la banque Goldman Sachs réinstalle cinq collaborateurs sur la place financière genevoise, trois ans après avoir quitté le canton pour Zurich. La banque américaine compte disposer de 20 à 25 employés à Genève d’ici trois ans, selon le journal Le Temps qui a révélé l’information. Ces nouvelles ne pèseront certes pas lourd dans la tirelire de l’Etat en termes de recettes fiscales, mais l’intérêt qu’elles peuvent susciter à l’égard du canton pourrait générer de nouvelles implantations.

Si la baisse du taux ordinaire d’imposition des entreprises qui entrera en vigueur avec l’application de la réforme de la fiscalité devait comme l’espère la droite augmenter l’attractivité du canton de Genève et favoriser l’implantation de nouveaux acteurs économiques, les recettes fiscales pourraient souffrir un peu moins qu’attendu des effets de la révision. En d’autres termes, la majorité de droite aurait alors réussi son pari auquel la gauche n’a jamais vraiment cru. Mais tous ces indicateurs suffiront-ils à calmer ces tensions excessives qui font aussi la renommée – et la honte, disons-le – de la politique genevoise? Rien n’est moins sûr.

Mise à jour dimanche 23 juin: la filiale MSC Croisières va embaucher 300 personnes à Genève, selon une information du Matin Dimanche. Le groupe MSC explique dans le journal dominical que la stabilité fiscale retrouvée après l’acceptation de la réforme de l’imposition des entreprises redonne de l’attractivité au canton de Genève. Le fondateur de MSC, Gianluigi Aponte, a signé avec le conseiller d’Etat en charge du développement économique Pierre Maudet une déclaration d’intention pour ces nouvelles embauches. Le groupe s’est engagé à recruter en priorité dans le marché local.

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