Affaire Brandt: la légèreté du Ministère public

L'autorité de poursuite a classé une partie de l'affaire qui concerne le libéral-radical candidat à l'Exécutif de la Ville de Genève. Des questions se posent concernant les méthodes employées et leur proportionnalité.
Grégoire Barbey

La nouvelle est tombée officiellement ce mardi 25 février: le Ministère public a partiellement relaxé Simon Brandt des accusations qui pesaient sur lui. Le libéral-radical, candidat à l’Exécutif de la Ville, était soupçonné d’avoir consulté de façon illicite le registre de la police s’agissant d’une main courante qu’il aurait ensuite utilisée à des fins politiques. Le rapport de l’Inspection générale des services a finalement conclu qu’aucun indice ne permettait de corroborer ces doutes. Seul subsiste le soupçon d’avoir rendu public des éléments d’un audit interne de la Ville de Genève sur les notes de frais des collaborateurs.

Le dénouement partiel de ce feuilleton judiciaire intervient à moins de trois semaines du premier tour des élections municipales. Depuis décembre, le candidat Simon Brandt n’a donc eu de cesse de répondre publiquement aux accusations du Ministère public, après que celui-ci ait jugé utile de mener des perquisitions, d’arrêter le principal intéressé et, selon sa version des faits, de le malmener et de l’humilier lors des interrogatoires. Une démonstration de force qui pose franchement question sur le plan de la proportionnalité.

Simon Brandt a toujours clamé son innocence et affirmé qu’il était très simple pour les enquêteurs de vérifier qu’il n’avait pas pu consulter cette main courante. Selon lui, il n’a même pas les accès qui lui auraient permis matériellement de réaliser l’infraction qu’il était soupçonné d’avoir commis.

Est-ce que le Ministère public s’est montré par trop zélé dans cette affaire? A-t-il voulu faire un exemple? Simon Brandt est un proche de Pierre Maudet, lui-même empêtré dans une affaire qui s’enlise aussi et dont on attend avec impatience les développements. L’élu libéral-radical, qui par ailleurs affirme avoir coupé les ponts avec son mentor, est convaincu que son arrestation théâtrale avait d’abord pour objectif d’atteindre le conseiller d’Etat Pierre Maudet.

Le classement de cette accusation pourrait bien lui donner raison. Se pose alors la question des conséquences: qui répondra du tort occasionné à Simon Brandt? Qui a pris cette décision, et sur la base de quelles preuves suffisamment éloquentes pour justifier le passage des menottes à celui qui était encore député au moment de son arrestation? Ces interrogations sont d’autant plus fondamentales qu’on ne peut pas passer sous silence la personnalité fragile de Simon Brandt. L’homme ne fait d’ailleurs pas mystère de sa vulnérabilité émotionnelle. Cet élément aurait dû conduire le Ministère public à agir avec un peu plus de retenue et ne pas infliger un traitement qui n’était pas forcément indispensable compte tenu du résultat. Les responsables de ces décisions zélées ont bien de la chance d’avoir évité un drame humain.

Il est bien entendu légitime que le Ministère public puisse travailler sereinement, y compris vis-à-vis de personnalités politiques lorsque celles-ci font l’objet de soupçons. Il n’y a pas de citoyens plus égaux que d’autres devant la loi. Mais cette affaire demeure malgré tout singulière dans sa conduite, et il serait judicieux que des comptes soient rendus. S’il est normal que le Ministère public puisse enquêter, les méthodes qu’il utilise relèvent de décisions humaines, lesquelles doivent être aussi soumises à la critique lorsque cela s’avère approprié. L’autorité de poursuite ne saurait, par une quelconque posture morale, être exemptée de toute remise en question. Dans le cas de l’affaire Brandt, il y a encore des zones d’ombre à éclaircir. Il en va de la réputation du Ministère public également. On en vient à regretter que la réélection du procureur général Olivier Jornot se soit faite tacitement, parce que ce débat-là aurait pu avoir lieu dans le cadre de la campagne.

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