Genève · 09.10.2026Prochaine votation fédérale : 27 septembre

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Neutralité : ce que dit vraiment le non du 27 septembre

Neutralité : ce que dit vraiment le non du 27 septembre

Avec 29,8 % de oui et pas un seul canton, l'initiative sur la neutralité a subi le revers le plus net de l'année. Ce non n'est pas un adieu à la neutralité. C'est le refus de l'enfermer dans une définition rigide, et une exigence adressée aux autorités : la souplesse a été validée, il faut maintenant la justifier.

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Le verdict est sans appel. Le 27 septembre, l'initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse » a recueilli 29,8 % de oui. Un peu plus de 789 000 votants l'ont soutenue, près de 1,855 million l'ont rejetée, et aucun des vingt-six cantons ne lui a donné la majorité. La participation a atteint 47,1 %. Pour un texte qui prétendait parler au nom de l'identité du pays, la défaite oblige à réfléchir. Ses auteurs d'abord, mais aussi ceux qui l'ont battue.

Ce que proposait le texte

Déposée le 11 avril 2024 par l'association Pro Suisse et des membres de l'UDC, l'initiative voulait inscrire dans la Constitution une définition détaillée de la neutralité. Ses éléments principaux :

  • Une neutralité « perpétuelle et armée », formule tirée de la tradition.
  • Aucune adhésion à une alliance militaire ou défensive, la coopération n'étant admise qu'en cas d'attaque directe contre la Suisse ou d'actes préparatoires à une telle attaque.
  • Aucune participation aux conflits armés entre États tiers.
  • Aucune sanction contre un État belligérant, sous réserve des obligations envers l'ONU et des mesures destinées à empêcher le contournement de sanctions prises par d'autres États.
  • Un usage actif de la neutralité au service des bons offices et de la médiation.

Le Conseil fédéral a recommandé le rejet sans contre-projet dès novembre 2024. Le Parlement l'a suivi, non sans hésitation. Le Conseil des États avait voulu opposer au texte un contre-projet direct, qui se serait contenté d'écrire que la Suisse est neutre, de manière perpétuelle et armée. Le Conseil national l'a refusé, et l'idée a été enterrée en mars 2026. En votation finale, le 20 mars, le National a recommandé le rejet par 124 voix contre 65, les États par 29 voix contre 10.

Ce que le non ne dit pas

Il serait commode, et faux, de lire dans ce résultat un désamour pour la neutralité. Personne, pendant la campagne, n'a proposé de l'abandonner. Ignazio Cassis l'avait résumé devant le Conseil des États : la Suisse « est, était et reste neutre ». Les adversaires du texte, de la gauche au PLR, ont défendu la neutralité telle qu'elle est pratiquée, pas sa disparition. Le non n'est donc ni un vote pour l'OTAN ni un mandat d'alignement automatique sur l'Union européenne. Au soir du scrutin, Pro Suisse craignait des titres affirmant à l'étranger que les Suisses renoncent à leur neutralité. La crainte est compréhensible. De tels titres seraient simplement inexacts.

Le non ne dit pas davantage que les initiants posaient une mauvaise question. Leur malaise est réel. Depuis 2022, la reprise des sanctions européennes contre la Russie a été perçue, ici comme ailleurs, comme une inflexion. Le reproche d'une neutralité « à géométrie variable », appréciée au cas par cas par le gouvernement, n'a rien d'absurde. Il mérite mieux qu'un haussement d'épaules.

Ce que le non dit clairement

Ce que le peuple a refusé, c'est le carcan. Interdire dans la Constitution toute sanction décidée hors de l'ONU revenait à faire dépendre la réaction suisse à une agression du Conseil de sécurité, où la Russie dispose d'un droit de veto. C'était aussi restreindre fortement la coopération de sécurité avec les voisins, au moment où les menaces hybrides se moquent des frontières. À 70,2 % de non, les votants ont jugé que la neutralité est un instrument au service de la sécurité et de l'indépendance, et non une fin en soi qu'il faudrait figer.

La carte du vote confirme ce diagnostic sans le rendre uniforme :

  • Le Tessin a frôlé l'acceptation avec 48,3 % de oui, devant Schwytz (42,1 %) et Appenzell Rhodes-Intérieures (40,3 %).
  • Bâle-Ville n'a donné que 20,1 % de oui, Neuchâtel 24,4 %, Vaud 27 %.
  • Genève, à 33,4 %, se situe au-dessus de la moyenne nationale.

Il existe donc une Suisse inquiète, plus présente au sud et dans les petits cantons de Suisse centrale. Il serait imprudent de la traiter en quantité négligeable.

Le résultat s'inscrit enfin dans une séquence. En 2026, trois initiatives soutenues par l'UDC ont échoué devant le peuple : l'initiative SSR en mars (38,1 % de oui), l'initiative « Pas de Suisse à 10 millions » en juin (45,2 %), puis celle-ci. Sur la neutralité, un terrain que ce parti tenait pour acquis, l'écart est de loin le plus large. Au soir du vote, un élu UDC relativisait d'ailleurs l'enjeu, en rappelant que le texte était porté par Pro Suisse avec le soutien de cadres du parti.

La souplesse a gagné, elle doit maintenant se justifier

C'est ici que cet éditorial veut en venir : le non du 27 septembre n'est pas un chèque en blanc. Le Conseil fédéral a obtenu ce qu'il demandait, sa liberté d'appréciation. Ignazio Cassis l'a dit le soir même : le gouvernement continuera de décider des sanctions au cas par cas, après évaluation de leurs répercussions pour la Suisse.

Cette liberté a un prix, la lisibilité. Si la neutralité n'est pas définie dans la Constitution, le gouvernement doit dire clairement, et autant que possible à l'avance, selon quels critères il reprend ou non une sanction, coopère ou non avec une alliance, autorise ou non une exportation. Une neutralité souple sans doctrine publique devient une neutralité d'humeur. C'est exactement ce que dénonçaient les initiants. Si rien ne change, ils pourraient avoir raison la prochaine fois.

Le prochain test : le 29 novembre

Le peuple se prononcera le 29 novembre sur la modification du 19 décembre 2025 de la loi fédérale sur le matériel de guerre, attaquée par référendum. Elle assouplit les exportations vers une liste d'États partenaires et élargit la marge de manœuvre du Conseil fédéral. Partisans et opposants invoquent tous deux la neutralité. Ce sera la première occasion de vérifier ce que vaut, concrètement, la souplesse approuvée en septembre.

Prendre au sérieux les 30 %

Près de 790 000 personnes ont voté oui. Elles ne sont pas toutes des isolationnistes, loin de là. Beaucoup veulent une Suisse crédible comme médiatrice, capable de parler à tous les camps, et redoutent qu'une succession de décisions pragmatiques finisse par vider le mot de son sens. Cette exigence de crédibilité, les vainqueurs du 27 septembre feraient bien de la reprendre à leur compte.

La meilleure réponse au oui minoritaire n'est pas le triomphe. C'est la cohérence : des bons offices réellement offerts, une politique de sanctions expliquée plutôt que subie, un Parlement associé aux grands choix. La neutralité suisse n'a jamais été un dogme. Le peuple vient de le confirmer. Il reste aux autorités à prouver qu'elle n'est pas non plus un mot commode.

Sources

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