Programme de législature: une invitation à lever les yeux

Le conseiller d'Etat Pierre Maudet livre son analyse du programme de législature présenté ce vendredi 14 septembre. «L'Affranchi» lui avait proposé cette tribune libre il y a trois semaines. Il l'a rédigée il y a quelques jours comme président et la signe aujourd'hui comme conseiller d'Etat.

Le contexte actuel peut occulter les grands enjeux qui se posent à notre canton. Je vous invite pourtant à lever les yeux, un moment, pour voir plus loin. Et découvrir le programme de législature présenté aujourd’hui par le Conseil d’Etat.

Ce programme dit trois choses essentielles, qui transcendent l’immédiat. La première, c’est la chance que nous avons de vivre dans ce canton exceptionnel, qui s’apprête à franchir des étapes enthousiasmantes au cours des prochaines années. La deuxième, c’est la qualité de notre administration, qui dans des délais particulièrement contraints, a soutenu le Conseil d’Etat dans ses réflexions pour construire une véritable perspective à long terme. Enfin, il rappelle que notre destin est intrinsèquement lié à celui du reste du monde. Aux valeurs de démocratie, de libre-échange et de libre-circulation des personnes.

«Les Genevois peuvent se réjouir», annonçait l’ancien Conseil d’Etat en présentant son bilan de législature. Nous assisterons en effet, ces cinq prochaines années, à l’une des plus incroyables mutations urbaines depuis 160 ans. Le Léman Express, avec ses cinq nouvelles gares, sortira dans quelques mois de sa chrysalide d’échafaudages. Dans une semaine, on célèbrera la jonction des rails entre la France et la Suisse. «Au moment où l’Europe recule, il serait beau que Genève avançât», écrivait Victor Hugo sur l’abolition de la peine de mort, en 1862. Quand le monde érige des murs, des barrières douanières, prétend freiner la misère et la détresse en rejetant hommes, femmes et enfants à la mer, Genève construit des ponts, des tunnels, des chemins de fer. Et avec le Léman Express, Genève construit aussi deux nouveaux théâtres (la Nouvelle Comédie et le Nouveau Carouge), restaure son opéra, aménage une nouvelle plage, inaugure un nouveau terminal aéroportuaire. Voilà l’image d’une communauté qui croit en son avenir. Ces aboutissements résultent des efforts fournis au cours des précédentes législatures par les contribuables, avec l’appui de nos partenaires du Grand Genève. Autant que la réforme PF 17, ils détermineront une grande partie de nos actions durant la législature 2018-2023.

Le deuxième enseignement concerne, je le disais, la qualité de notre administration. L’assemblée constituante a voulu que les élections cantonales soient organisées au printemps. C’est donc en trois mois à peine, entre le 1er juin et le 14 septembre, qu’il a fallu élaborer un budget alors que cette tâche nécessite généralement plus de six mois, et dans le même temps, poser les enjeux à moyen et à long terme avec ce programme de législature. Le Grand Conseil a droit à ce qu’on lui fournisse cette vision. Je souhaite qu’il prenne conscience de la qualité et de l’investissement des fonctionnaires qui, cet été, ont nourri les réflexions du Conseil d’Etat. Cette fonction publique mérite notre respect. C’est aussi pour elle qu’il faudra, durant cette législature, consolider durablement la Caisse de pension de l’Etat de Genève. Il en va de l’avenir des rentes de plus de 70’000 assurés, dont 45’000 actifs, qui travaillent au quotidien pour délivrer des prestations publiques d’un niveau d’excellence que peu de pays connaissent.

Et puis, il y a ce rappel. Celui de notre responsabilité particulière à l’égard du monde. Car c’est à Genève que l’on a inventé le droit international, le 22 août 1864. Ce droit international, c’est la seule défense du faible contre le fort, des victimes contre la sauvagerie des armes, d’un petit pays comme le nôtre, face aux grandes puissances. Ce 25 novembre, le peuple votera sur une initiative visant à vider le droit international de sa substance. Le Conseil d’Etat genevois, en préambule à son programme de législature, rappelle que tout l’édifice de nos libertés et de notre prospérité ne tiendra qu’aussi longtemps que le monde continue de cultiver les principes nés de l’immédiat après-guerre. Ces principes sont ceux de la coopération internationale, du développement des échanges culturels et commerciaux, de l’aide aux victimes, de la résolution pacifique des conflits, du développement de l’Etat de droit et de la libre-circulation des personnes.

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